‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 195 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tains conclurent avec François 1er un traité de neutralité qui garantit leur territoire. Étrange résolution! rester neutres quand c’était d’eux-mêmes qu’il s’agissait. Mieux valait partager avec l’un des adversaires les chances d’une victoire ou d’une défaite , qui les eût rendus un objet de crainte ou au moins de respect.

Les Italiens du parti de la liberté, le duc de Ferrare, les volontaires guelfes de la Toscane , se joignirent au duc d’Àlbany, qui à la tète de dix mille gens d’armes français se dirigeait déjà sur Naples ; à l'approche de celui-ci , le parti angevin remua dans les Abruzzes." Mais le connétable de Bourbon redescendit bientôt les Alpes avec un renfort de landsknechts, rallia Lannoy et marcha sur les lignes de siège de François Ier. Le roi était obligé de livrer la bataille entre l’armée ennemie et la garnison de Pavie , commandée par un homme déterminé, Antonio de Leyva. Tous les généraux étaient d’avis qu’il levât son camp. Bonnivet persuada au roi qu’il ne devait pas reculer et François I" laissa les ennemis s’emparer des plus avantageuses positions. Le 25 février (1525), il engagea le combat pour ne pas lever le siège. Son artillerie fit d’abord merveille, mais bientôt il la masqua en se jetant à la tête de sa gendarmerie au milieu de l’armée ennemie; les arquebusiers espagnols le reçurent avec un feu nourri qui jeta le désordre parmi les siens. Au milieu du combat Antonio de Leyva fit une sortie , les Suisses soldés lâchèrent pied pour la première fois ; tout l’effort du combat se porta autour du roi , qui après avoir vu tomber sa plus brillante noblesse fut obligé de remettre son épée et de se constituer prisonnier entre les mains de Lannoy. La France perdit son roi, l’Italie beaucoup plus, sa liberté.

Tandis que la reine mère, régente de France, traitait de la rançon de son fils transporté en Espagne, les généraux de Charles-Quint mirent le pays à la discrétion de leurs troupes qu’ils ne payaient pas. Clément VII et Venise offrirent vingt mille ducats pour qu’on retirât les troupes de leur territoire; les généraux reçurent l’argent sans satisfaire aux conditions promises, levèrent de nouvelles contribu-

tions sur tous les États indépendants, autorisèrent toutes les déprédations à Milan, à Pavie, à Parme et à Plaisance, et frappèrent sur Venise une nouvelle taxe de cent mille ducats.

Conspiration de Morone, triste essai de guerre nationale, prise de Rome (IStiditt}.

L’excès du mal ranima une dernière étincelle de patriotisme dans l’Italie sur le point de succomber. Machiavel qui écrivait alors sa belle histoire de Florence et méditait , Tite Live à la main , comment les États grandissent et tombent , composa son traité sur l’art de la guerre pour Amener ses compatriotes à l’esprit et à la discipline militaires. 11 écrivit pour Raphaël Girolamo , ambassadeur auprès de Charles- Quint, ces sages et honnêtes conseils qui tendaient à faire sortir la diplomatie de ces voies tortueuses et criminelles où, avec son approbation même, elle s’était autrefois engagée et avilie. Clément VII , le duc de Ferrare , Sforza , la république de Venise se rapprochèrent. L’occasion était favorable ; les souverains de l’Europe sentaient la nécessité de rétablir l’équilibre dérangé par la victoire de Pavie. Lannoy et Bourbon, à la cour, se disputaient les remerciments de l’empereur.

Malheureusement les souverains de l’Italie ne surent que conspirer. Le chancelier du duc de Milan , Morone, qui avait le plus contribuer à l’expulsion des Français, conçut le plan du complot. Le commandant des troupes de Charles-Quint, en Italie, était alors I’escaire, né Italien quoique d’origine catalane, dévoré d’ambition et de plus jaloux de Lannoy et de Bourbon. Le chancelier Morone lui proposa la couronne de Naples. Il n’avait qu’à disperser ses troupes dans les places du Milanais pour les laisser surprendre par les Italiens déjà en armes. Clément VII, suzerain du royaume de Naples, le déliait de tout serment de fidélité envers Charles- Quint et le couronnerait lui-même roi. Les puissances étrangères, la France, l’Angleterre promettaient leur appui. Sfox'za deviendrait réellement duc de Milan, et l’Italie serait indépendante et débarrassée des barbares. C’était un coup

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