CHAPITRE XV
d’État universel contre l’empire dans la péninsule. Pescaire, que Morone tenait cependant pour le plus cruel et le plus faux des généraux de Charles- Quint, écouta toutes les ouvertures, débattit les conditions, le plan et balança peut-être ; puis il prévint son maître , se fit dévoiler tous les fils de la conspiration , jeta enfin le masque, saisit Morone, s’empara de la capitale du Milanais, et voulut s’assurer même de la citadelle de Milan. François Sforza résista pour la première fois; il s’enferma avec huit cents hommes dans la forteresse, et fit feu sur les Espagnols.
Il fallait combattre; Clément VII lui-même s’y résolut, et laissa son conseiller, Schomberg, vendu à l’empereur, pour écouter Giberti, ardent ami de l’indépendance italienne. A la mort de Pescaire, qu’on regarda comme un châtiment de sa trahison, une ligue sainte , sous la protection du pape, fut signée entre tous les États italiens ét le roi de France, sorti de Madrid, pour la délivrance de la péninsule (mai 1526). «'Cette fois, disait Giberti , il ne s’agit pas d’une petite vengeance, cette guerre va décider de la délivrance ou de l’esclavage de l’Italie. Nos descendants regretteront de n’avoir pas vécu de notre temps pour jouir de cet honneur. » Si l’Italie fait alliance avec François Ier, disait un autre, c’est pour son bien et non parce qu’elle aime les Français, fa per ben suo non perché ama i Fruncesi.
Décevantes illusions, que la plus affreuse réalité détruisit promptement! Les Milanais poussés à bout par les excès de la soldatesque espagnole, et comptant sur les secours de la ligue, se soulevèrent pour soutenir leur duc, assiégé dans la citadelle. Mais le duc d’Urbin à la tête des troupes vénitiennes, Guido de Rongoni et le commissaire Guicciardini à la tête des troupes pontificales, sous prétexte d’attendre des secours des Suisses, restèrent l’un sur l’Âdda, l'autre sur le Pô. Les Milanais furent écrasés. Le connétable de Bourbon, revenu d’Espagne avec des troupes et de l’argent, rentra sans difficulté, par Gènes, dans la Lombardie, acheva de bloquer la citadelle, déjà obligée de renvoyer une partie de sa garnison faute de vivres, et, malgré une démonstration tardive du duc d’Urbin, promptement suivie d’une re-
traite honteuse, contraignit François Sforza à capituler le 24 juillet.
Le mois suivant , Clément VII tenta de reprendre l’occasion perdue en dirigeant sur Gènes André Doria, ennemi de l’empereur, avec onze galères et le duc d’Urbin avec une armée, tandis que lui-même attaqua Sienne et Naples. Mais le levain des vieilles discordes fermentait encore au sein d’une ligue dont l’indépendance était le but. Le saint-siège et Venise se regardaient toujours avec défiance. Les Siennois eux-mêmes mirent en fuite les soldats pontificaux. Le duc d’Urbin , François-Marie , se rappelait trop qu’un Médicis l’avait dépouillé ; un servile esprit d’imitation classique se glissait enfin jusque dans cette guerre de la liberté et paralysait aussi les courages et la tactique militaire. Leducd’Ùrbin tenait à passer pour un Fabius Cunctalor; il ne s’attachait qu’à éviter une action et croyait en temporisant avoir raison du connétable de Bourbon, cet autre Annibal. Pour appuyer la flotte qui assiégeait Gènes il se contenta de bloquer et de prendre Crémone. Pendant ce temps, le vice-roi de Naples, Lannoy, passa avec une nouvelle armée dans le midi de la péninsule, et au nord, l’Allemand George Frundsberg franchit les Alpes à la tète de treize mille landsknechts.
Le pape retomba dans le découragement. François Ier malgré ses promesses oubliait l’Italie ; le trésor pontifical était épuisé; les tributs de la chrétienté divisée commençaient à lui manquer. Les Colonna profitaient de la guerre pour commettre au nom de l’empereur mille excès dans la campagne de Rome. Clément VH chercha à désarmer ces ennemis héréditaires du saint-siège et licencia imprudemment quatre mille hommes de troupes rassemblées pour sa sûreté personnelle. Le cardinal Pompée Colonna, ennemi juré de Clément VII, qui n’avait traité avec lui que pour lui tendre un piège, surprit un matin, 20 septembre 1526, avec huit mille paysans, les portes de Saint-Jean de Latran, et le Ponte- Sisto, traversa Transtévère, Borgo Vecchio et se dirigea sur le Vatican. Le pape appela en vain le peuple aux armes, et se réfugia au château Saint-Ange. Le Vatican, l’église de Saint-Pierre, les palais des cardinaux, le Borgo Nuovo fu-