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à la renaissance, dont l'éclat n’a fait qu’illuminer leur chute. Le saint-siège est le premier instrument de cette réaction.
Paul III, Pie V, papes pleins de vertu et de rigidité, voient dans- le paganisme du xvic siècle la cause des périls de l’Église et de l’asservissement de l’Italie, et pour la régénérer ils lui infligent un long jeûne, une rude pénitence. L’ordre des jésuites se fonde; l’Inquisition centralisée, surveille la conduite politique et privée, la pensée même. Les études anciennes sont proscrites ; le libre examen banni ; Y Index commence à ouvrir la volumineuse liste des ouvrages condamnés. L’esclavage des consciences scelle celui des âmes. Sous ce rude régime politique et moral, le caractère national lui-même s’altère, la foi se rapetisse et devient superstition; la passion ne disparaît pas, elle s’oblitère et s’étiole dans le personnage du sigisbée. Dans les lettres et les arts, plus d’indépendance, plus d’inspiration, plus d’originalité. Les historiens se vendent , la poésie devient la servante de la musique ; la forme même décline ; les patois revendiquent leurs droits sur la langue nationale ; la peinture est toute dans les secrets de la palette, et la sculpture dans les habiletés du ciseau. Que pouvait faire, après tout, l’Italie sous la domination de l’Espagne mourante ? C’est un cadavre étouffé par un cadavre!
Qu’on ne l’oublie pas cependant ; si la péninsule alors n’a pas tout perdu sans retour, indépendance, nationalité, sciences, arts, si elle n’a pas été rayée du nombre des nations, c’est au saint-siège, à lui seul, qu’elle le doit. La maison d’Autriche ne s’est arrêtée que devant Rome, la décadence n’a respecté que le Vatican. Le saint-siège a été le dernier état guelfe ; Paul IV résiste encore quand tout est soumis. Paul III , Pie IV, Pie V retrempent la foi par une réforme intérieure de l’Église et raffermissent le saint-siège au concile de Trente. Sixte-Quint donne, dans l’administra-
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lion des États de l’Église, un exemple, il est vrai, trop rarement suivi. De tous les princes italiens, Clément Ylll seul tient tête à Philippe II, Alexandre Vil à Louis XIV. Si la réaction catholique de ce temps inquiète Galilée, elle suscite et protège le savant Baronius, l’auteur de la Jérusalem délivrée, et les merveilles, grandes encore après celles de Michel- Ange et de Raphaël , du Carrache , du Dominiquin , du Guide.
La péninsule ne se relèvera cependant pas d’elle-même au xvme siècle. C’est l’étranger encore, et cette fois elle doit le bénir, qui vient la tirer du tombeau de la monarchie espagnole, et lui dire, par la voix des princes des maisons de Bourbon et de Habsbourg, héritiers de l’Espagne : lève-toi et marche. Le royaume de Naples et le duché de Parme redeviennent indépendants sous deux Bourbons, la Toscane passe à un Habsbourg; mais ces princes se font promptement italiens. Le Milanais seul reste en propre à l’Autriche. Enfin, un prince italien, le dernier venu dans la famille, mais à la maison duquel sont réservées peut-être les plus glorieuses destinées, réclame avec énergie et habileté sa part de l’héritage, et ses efforts sont récompensés. Victor-Amédée Ier réunit la Savoie, le Piémont, la Sardaigne, et fonde un royaume tout italien; une armée aguerrie, un peuple positif et pratique se forment au pied des Alpes.
Les nouveaux souverains intéressés à la prospérité de leurs États peuvent-ils laisser la péninsule comme ils l’ont reçue des mains agonisantes de l’Espagne? Charles de Naples et son ministre Tanucci , Léopold Ier de Toscane, Charles-Emmanuel 11 de Sardaigne, Benoît XIV et Pie VI, le ministre même de l’Autriche, Firmian, dans le Milanais, travaillent activement à sa régénération morale et matérielle. La hache est portée dans les vieilles institutions et les vieux
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abus du moyen âge; on secoue la léthargie italienne. La péninsule figure honorablement avec Galvani etVolta, Beccaria et Filangieri dans ce siècle des sciences naturelles et sociales. La tragédie et la satire font entendre même par la bouche d’Alfieri et de Parini, de mâles accents. La brusque irruption du jansénisme et de la philosophie française, adoptés par les souverains mêmes, mêle il est vrai ces réformes de quelque intempérance et de quelques erreurs ; Pie VI est obligé de rompre en visière à Joseph II et à Léopold I" ; cependant une œuvre salutaire de régénération commence à s’accomplir en Italie , lorsqu’elle est tout à coup surprise par la révolution de 17S9.
C’était là une commotion trop violente pour une nationalité convalescente , remise à peine d’une longue prostration. Quelques souverains commencent à opérer des réfoi mes, avec plus de bon vouloir que de prudence peut-être, et voici que la révolution même tente la péninsule. Le caractère, l’esprit publics renaissent à peine, et on leur demande déjà d’héroïques vertus. La péninsule n’a pas encore la liberté, et on lui montre l’indépendance.
Ainsi mise en demeure en temps inopportun, la péninsule se divise. Les souverains, la vieille noblessè et sur plusieurs points les masses ignorantes, se déclarent contre la révolution et contre la France; une partie de la noblesse et la bourgeoisie les appellent. L’Italie ne s’appartient plus à elle-même; elle s’enrôle sous le drapeau de la coalition des puissances absolutistes, ou arbore les trois couleurs, et Napoléon Bonaparte, qui eût pu naître un de ses enfants, fait pendant vingt ans ses destinées. Instrument du Directoire , il la couvre de républiques : ligurienne, cisalpine, romaine, parthénopéenne , toscane; établissements éphémères renversés par un souffle de l’absolutisme quand les bataillons