CHAPITRE XVI
réformer la cour de Rome et la hiérarchie. En même temps Pierre-Louis, de sa nouvelle principauté de Parme et de Plaisance, fit mouvoir les fils de l’intrigue qu’il avait nouée partout. Les Siennois mécontents de Granvelle chassèrent les Espagnols et rétablirent le mont des neuf ; à Lucques , le gonfalonier François Burlamachi , avec la milice bourgeoise levée dans la ville et aux environs, tenta de surprendre Pise, Pistoie et de révolutionner même quelques villes de la Romagne pour s’en faire un État particulier (1546).
L’empereur encore vainqueur des protestants malgré les inquiétudes que lui donnait l’Italie, adressa de graves plaintes au pape; Paul lit avait voulu, disait-il, l’embarquer dans # une mauvaise entreprise pour l’y abandonner ensuite. 11 envoya un nouveau gouverneur, Ferdinand de Gonzague, dans le Milanais, et don Diego de Mendoza, dans la Toscane. Le pape se tourna vers la France; il. demanda pour Horace Farnèse une fille illégitime de Henri II. On vit tout d’un coup les factions italiennes groupées comme autrefois sous les drapeaux de l’empereur et du pape : d’un côté , les gouverneurs de Milan et de Naples, Cosme de Médicis -à Florence, Doria à Gènes, les prélats demeurés à Trente ; de l’autre côté, les Farnèse, Sienne, Lucques, les émigrés et les prélats qui s’étaient rendus à Bologne.
En 1 547 on en vint aux mains sur plusieurs points à la fois, sur les bords du Pô, dans la rivière de Gènes et même à Naples où les nobles et les bourgeois ordinairement si divisés se conjurèrent au cri d 'union, contre don Pèdre qui voulait introduire dans le royaume le redoutable tribunal politique de l’inquisition espagnole. Le vieux parti guelfe échoua partout. Don Pèdre , à Naples , désarma les Napolitains, en renonçant à son projet; dans la Toscane, l’agent impérial força Sienne à livrer Burlamachi , réintégra une garnison espagnole dans la ville et la contint désormais par une forteresse. A Gènes, Jean-Louis de Fiesque, comte de Lavagna, appuyé par la France et le duc de Parme , réussit à faire assassiner Gianettino Doria , neveu du grand Doria , et jeta dans Gènes le cri de Vive la liberté ! Mais au milieu du tumulte , il tomba à la mer en voulant passer d’un vaisseau
dans un autre et se noya ; les conjurés se dispersèrent éperdus. André Doria garda son autorité dans la ville et la citadelle à l'empereur. Dans la Lombardie enfin où les deux ennemis les plus terribles , Ferdinand de Gonzague et Pierre-Louis s’épiaient de plus près, le 10 septembre, Anguissolo surprit la garde du palais de Louis et l’assassina ; le surlendemain Ferdinand de Gonzague survint, s’empara de Plaisance et de son territoire et échoua seulement devant Parme dont le habitants proclamèrent Ottavio Farnèse.
La colère du pape, qui aimait son fils plus que ne le méritaient ses abominables vices, fut d’abord excessive. Sur le refus de l’empereur de rendre Plaisance , il parla de s’allier avec la France , avec Venise, avec les Suisses, mais sans oser franchir le dernier pas; il craignait surtout la présence du jeune Philippe qui , sur l’ordre de son père, vint surveiller pendant deux ans l’Italie. En 1548, il réclama Plaisance et Parme comme biens immédiats de l’Église, et enleva Parme à Ottavio, en échange d’Amerino. Mais c’était un acte d’hostilité indirect et timide de la part du nouvel Alexandre III, et une dernière douleur l’attendait. Ottavio , pour la fortune duquel il avait encouru le blâme, refusa d’obéir, et s’entendit avec Ferdinand de Gonzague pour rester maître de ce qu’il appelait son patrimoine. Le cardinal Alexandre Farnèse luimème, qui conduisait toutes les affaires du saint-siège, était d’accord avec le rebelle. Paul III, frappé de stupeur et plein de colère, eut une explication terrible avec Alexandre , et mourut quelques jours après (1549).
Bcïlguatlon de Jules III ; Ottavio Farnèse et Pierre Btrozxl 2 chute de (tienne (* 5IO-I 555).
L’avénement du pape Jules III, pontife ami du repos, qui négligeait les affaires pour la construction de son magnifique jardin, la Vigna di papa Giulio, n’était pas favorable à une lutte d’indépendance.
Jules 111 rappela le concile à Trente (1550), et rendit Parme à Ottavio. Celui-ci, pour arracher Plaisance à Ferdinand de Gonzague, invoqua l’appui du nouveau roi de France, Henri II. Seul , en Italie , il croyait pouvoir ce que le pape