CHAPITRE XVI
Paul III n’avait pas osé. Il reçut dans Parme une garnison française, commandée par de Thermes, et appela aux armes tous les bannis et les mécontents, entre autres Pierre Strozzi et Bentivoglio, qui firent des enrôlements dans le petit comté de la Mirandole, et aidèrent Sienne à chasser Mendoza et la garnison espagnole. L’étendard de la France flotta de nouveau au centre de la péninsule comme une promesse d’indépendance.
Jules III s’emporta contre Ottavio, « ce misérable ver de terre qui osait se révolter en même temps contre un pape et un empereur ; •• Ferdinand de Gonzague et le pape envahirent ensemble le territoire de Parme et de la Mirandole ; le duc de Florence, Cosme Ier, déclara la guerre aux Siennois. Venise, qui voyait avec raison dans toutes ces entreprises autant d’agitations stériles, essaya de conjurer de derniers malheurs. Elle parvint à ménager, entre le pape et Ottavio Farnèse, une trêve qui laissa celui-ci en possession de Parme. Elle ne fut pas assez heureuse pour retirer de la lutte les autres États italiens , et Sienne fut la dernière victime de cette lutte de l’indépendance.
Tandis que les Français pénétraient dans le Piémont et y prenaient Verceil et Ivrée , Sienne appela dans ses murs le Français de Thermes. Grèce à lui , elle se défendit pendant toute l’année 1553. Mais quand, en 1554, Pierre Strozzi l’eut remplacé avec tous les exilés et quelques Français, Cosme de Médicis ne ménagea plus rien pour écraser le fils de son vieil ennemi.
Un condottiere féroce, serviteur de l’étranger, pris à sa solde, Jean-Jacques de Médicis , fait marquis de Marignan par Charles-Quint, bloqua Sienne à la tête de troupes espagnoles et allemandes, ravagea impitoyablement les environs, et fit d’un pays jadis couvert d’habitations et d’une culture florissante la triste Maremme d’aujourd’hui. Pierre Strozzi tenta une entreprise sur Florence et fut battu à Lucignano. Biaise de Montluc, avec quelques troupes françaises , essaya encore de prolonger la résistance. Après avoir perdu vingt mille habitants par le fer ou la faim , Sienne capitula enfin le 17 avril, et se mit sous la protection espagnole, en de-
mandant une constitution libre pour toute concession (1555).
Paul IV ; dernière lutte ; le duché de Parme et Plaltianee ; les présides ; traité de Cateau-Cambrésls (1555-155»),
L’avénement de Paul IY et l’abdication de Charles-Quint offraient à l'Italie une meilleure occasion. Le cardinal Caraffa, grand inquisiteur, était un de ceux qui avaient imprimé à la cour pontificale cette direction vigoureuse , destinée à raffermir le catholicisme ébranlé. Homme d’une nature ardente, emportée , qu’aiguisait encore l’ascétisme monacal , il apporta la même impétuosité dans les affaires politiques. Né en 1476, il avait vu l’Italie encore libre du xv' siècle. 11 comparait l’Italie de cette époque à « un instrument merveilleusement d’accord, dont les quatre cordes étaient Home, Milan, Naples et Venise,» et il n’avait pas assez de malédictions contre Alphonse et Louis le More, « ces âmes malheureuses et perdues qui , par leurs divisions, avaient détruit cette admirable harmonie. » Charles-Quint, en déposant la couronne impériale , n’avait pu la poser sur la tête de son fils. Avec l’Espagne et les Pays-Bas, il n’avait pu lui transmettre que le duché de Milan, sous la suzeraineté du nouvel empereur, Ferdinand, son frère, et le royaume de Naples et de Sicile. Le pape n’avait donc en face de lui qu’un roi et non un empereur (1556).
A peine couronné à Saint-Pierre , il remua l’Europe pour délivrer l'Italie. Ses ambassadeurs empêchèrent la trêve de Vaucelles d’aboutir à la paix; lui-même il arrêta les cardinaux partisans de l’Espagne, confisqua les biens de ceux qui s’enfuyaient, entre autres des Colonna, soutint Sienne, attaqua ouvertement le vice-roi de Naples, et enfin conclut avec le roi de France, Henri II, cette alliance devant laquelle Paul III avait toujours reculé. Le roi d’Espagne se défendit avec autant de lésolulion qu’eût fait un César. Le duc d’Albe envahit avec les Espagnols le territoire pontifical ; le duc de Florence, Cosme Itr, tout dévoué à l’Espagne, pressa les Siennois dans Montalcino et poussa Martin Bernardini à imposer aux Lucquois la loi martinienne, qui institua, en faveur des