‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 208 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

familles alors maîtresses du gouvernement , une oligarchie héréditaire. Attaqué jusque dans Rome par les Espagnols , bientôt maîtres de Ponte Corvo et de Terracine , Paul IV agit avec l’énergie d’un pape du moyen âge ; il déclara Philippe II déchu de son royaume de Naples, qu’il offrit au duc de Guise et aux Français; il nomma le duc d’Este , Hercule, son généralissime, fit cardinal son neveu, Charles Caraffa, homme d’énergie, mais adonné à tous les vices, et tenta de soulever toute l’Italie contre ce nouveau maitre. A Rome on le vit armer et passer en revue la population ; assis souvent à table des heures entières , buvant avec une ardeur fiévreuse le manyia-yuerra de Naples, il se répandait en invectives contre ses ennemis, contre Cosme de Médicis, ce fils du diable , contre les Espagnols , ces schismatiques , ces damnés de Dieu, cette semence de juifs et de maures , véritable lie du monde.

Philippe II, à la nouvelle de l’approche du duc de Guise à la tête de quinze mille hommes, fit quelques concessions aux Italiens pour les diviser ; il rendit la ville de Plaisance moins la citadelle à Farnèse, dont le duché fut ainsi constitué. Il livra à Cosme de Médicis la ville de Sienne que celui-ci visait depuis longtemps. Ce fut son salut en Italie. Tenu en échec par Hercule d’Este, le gouverneur du Milanais fut obligé de laisser d’abord passer le duc de Guise , qui s’empara de Compli et franchit le Tronto pour assiéger Civitella. Mais le duc d’Albe le repoussa , reporta la guerre sur le territoire pontifical, où il déchaîna les Colonna, et marcha sur Rome. La grande victoire de Saint-Quentin , remportée par Philippe II sur les Français, porta un coup encore plus terrible aux espérances du pape et de l’Halie. Le duc de Guise déclara qu’aucune force humaine ne l’empêcherait de voler à la défense de sa patrie. Inébranlable jusqu’au dernier moment, le pape ne céda que lorsqu’il vit les Romains euxmêmes prêts à ouvrir aux Espagnols les portes de Rome, et pour éviter à la capitale du monde chrétien une prise d’assaut et un nouveau pillage.

Irrité de ces revers, le pape se retourna impétueusement contre les instruments mêmes de sa politique mondaine;

il sacrifia le cardinal Carafîa qui fut déposé , et ses autres neveux jetés dans l’exil ; il ne pensa plus qu’au gouvernement spirituel de l’Église, et fit retomber sur les ennemis de la foi le mal qu’il n’avait pu faire à ceux de l’Italie.

Le sort de la péninsule fut définitivement réglé, à la suite * du traité de Cateau-Cambrésis(1559), qui rétablissait la paix entre l’Espagne et la France. Philippe II laissa définitivement Plaisance moins la citadelle à Ottavio, Sienne et son territoire à Cosme Ier deMédicis, mais en s’y réservant pour le tenir dans une sorte de dépendance, les ports d’Orbitello, Télamone, Portoferraio, Montcargento et Saint-Étienne que l’on appela les présides. Le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel, recouvra la Bresse, le Bugey, la Savoie, le Piémont à l’exception de Turin, Chieri, Pignerol, Chivasso et Villeneuve, qui furent retenues par le roi de France, et de Verceil et d’Asti, retenues par le roi d’Espagne, jusqu’à ce que la question d’hérédité mise en avant par le roi de France eût été résolue. Par là, la domination austro-espagnole fut inébranlablement affermie au nord et au midi de la péninsule ; le saint-siège, qui avait espéré partager la domination de l’Italie, se trouva condamné à l’impuissance; les ducs de Florence, de Parme et de Ferrare, furent tenus dans la dépendance , et la frontière même de l’Italie resta aux mains des étrangers.

Ce qui avait été commencé en 1530 aux conférences de Bologne se trouva achevé en 1559 , dans une petite ville de Flandre; et l’Italie, sous le joug de l’empereur Ferdinand, et du roi catholique Philippe II , l’un suzerain du Milanais et des petits duchés voisins; l’autre, duc de Milan et roi de Naples, tomba comme anéantie sous le poids d’une double servitude.

Le spectacle que donnèrent les habitants de Rome et le conclave, après la mort du dernier des papes guelfes, montra combien le malheur avait aigri et abaissé les âmes. Le peuple romain arracha de leurs piédestaux et brisa lâchement les statues qu’il avait élevées à Paul IV dans la première joie de son avènement. Le conclave , par un de ces brusques retours qu’on est si souvent à même de constater, contre la

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