‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 210 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Paul IV; sa femme avait été véhémentement soupçonnée de calvinisme. Leur fils, Alphonse II, n’épargna rien pour faire oublier le mauvais renom de ses parents aux cours de Vienne et de Madrid. Il exila sa propre mère. 11 demanda en grâce pour épouse une princesse autrichienne, l’archiduchesse Barbara. Ces alliances étaient moins un honneur fait aux petits princes italiens qu’une garantie prise contre eux. Fières et dédaigneuses, s’asseyant au foyer des princes italiens comme par droit de conquête, et persuadées quelles descendaient jusqu’à eux, ces archiduchesses faisaient ordinairement de leur époux leur premier sujet, et rendaient toujours présents l’œil et le sceptre de l’étranger au sein des petits gouvernements qui se croyaient libres. La première d’entre elles , Marguerite de Parme , dévoilait les secrets et les défauts d’Ottavio à l’ambassadeur espagnol, et eût mieux aimé, assurait-elle, couper la tête à son propre enfant que de déplaire à*son frère Charles-Quint.

La présence de Philibert de Savoie, d’Alphonse de Ferrare, de Guillaume de Gonzague à la diète d’Augsbourg, convoquée en 1566 contre les Turcs, les dépenses faites par ces princes pour y faire acte de dévouement , témoignèrent suffisamment qu’ils n’étaient plus que les vassauxde l’empire.

Sous le pape Pie V (1566) s’acheva l’œuvre de la restauration catholique et de l’asservissement de la péninsule. Ce saint, mais inflexible vieillard, dont le peuple admirait la tête toujours nue, la longue barbe blanche et le visage rayonnant de piété , fit admettre dans tous les États italiens l’inquisition romaine , et surveilla sévèrement la foi et les mœurs. Les évêques furent astreints à la résidence, les moines et les nonnes à une sévère réclusion. Le collegium gervxanicum, fondé par les jésuites, devint une pépinière de prêtres pour l’Italie et l’Allemagne. Les abus disparurent en partie, les scandales diminuèrent dans Rome. Des cardinaux recommandables par leur piété donnaient le ton à la cour romaine : le politique Gallio di Como, l’administrateur Salviati, San-Severina , l’homme de l’inquisition, et Madruzzi, surnommé le Caton du sacré collège. Tiépolo, ambassadeur de Venise, rendait un peu plus tard à la ville sainte ce té-

moignage : « Rome s’efforce à sortir de la déconsidération où elle était tombée ; elle est devenue plus chrétienne dans ses mœurs et dans sa manière de vivre. *>

En Lombardie, l’archevêque de Milan, Charles Borromée, digne émule de Pie V, ne se contenta pas de réformer les églises et le clergé, les moines et les religieuses ; il restreignit les divertissements publics , veilla sur la sainteté des mariages et sur la conduite générale des laïques ; son zèle l’entraîna même hors des limites de son pouvoir. 11 prétendit prêter à ses décrets religieux le secours de la force militaire , et le gouverneur de Milan plia sous l’ascendant d’un zèle pur de toute ambition politique.

Cette réforme, tout ecclésiastique et disciplinaire, n’eut malheureusement rien de pratique ni de viril. On rétablit le culte sans retremper les caractères; on raffermit la foi sans corriger les mœurs; on dompta la pensée sans relever les âmes. Une seule action grande sortit de cette époque. Pie V détermina une ligue contre les Turcs entre les États italiens et l’Espagne ; sous la conduite de don Juan, les vaisseaux de Venise, de Gènes, de la Toscane, de Naples et des États de l’Église remportèrent la glorieuse victoire de Lépante(1571) : « Il fut un homme envoyé de Dieu, nommé Jean, » put s’écrier Pie V dans son enthousiasme. Mais à côté quels scandales et quelle bassesse !

Les Médicis donnaient les plus tristes exemples. Des rumeurs effroyables couraient sur la mort subite et rapprochée de deux des fils de Cosme. On assurait que l’un d’eux , Jean , avait dans une partie de chasse assassiné, par jalousie, son frère Garzia, et que Cosme avait immolé le fratricide dans les bras de sa mère quelques jours après. Le troisième, François, bien que marié à l’archiduchesse Jeanne, entretenait publiquement avecBianca Capello une liaison que semblaient aiguillonner chaque jour de nouveaux scandales ; et Cosme assouvissait au fond de son palais de fougueuses passions irritées encore par une sombre mélancolie. Tout cela n’empêcha pas le pape Pie V de conférer à Cosme , on ne sait trop de quel droit, le titre de grand-duc , en 1569; et cet acte fit voir jusqu’où étaient descendus les princes italiens.

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