CHAPITRE XMI
C’était déjà un foyer de résistance. Mais il fallait trouver du secours au dehors. La France, depuis vingt-cinq ans en proie aux horreurs d’une guerre religieuse, qui paralysait toute sa politique extérieure, se débattait encore avec peine sous les efforts et les intrigues de Philippe II. Ferdinand et Venise favorisèrent autant qu’ils purent la restauration d'un pouvoir fort et national. La république devinant la première où était l’avenir, eut le courage de reconnaître Henri IV avant tous les autres États. Ferdinand après elle entra en relations d’amitié avec le nouveau roi, et tandis que le duc de Savoie s’emparait sur lui de Barcelonnette et d’Antibes , il se jeta sur le château d’If et y mit bonne garnison.
Sixte-Quint hésitait ; il menaçait de rompre avec la répu^ blique , pour laquelle il avait promis de verser son sang; il se laissa cependant bientôt fléchir par les Vénitiens, et reçut môme M. de Luxembourg, envoyé de Henri IV, en audience particulière. L’ambassadeur d’Espagne, Olivarès, réclama, menaça; Sixte-Quint s’emporta contre une semblable hardiesse. Philippe II poussa de nouveau les bandits sur le territoire pontifical, et intercepta les convois chargés de grains que Ferdinand faisait venir pour l’approvisionnement de la Toscane. Sixte-Quint alla jusqu’à parler d’excommunication contre le catholique roi d’Espagne. Cet homme énergique recula cependant devant une aussi grande tâche, et mourut dans l’indécision le 7 août 1590, poursuivi lâchement par les malédictions du peuple, qui brisa ses statues , et décida qu’on ne décernerait désormais plus cet honneur aux pontifes vivants. C’était éviter au moins les dangers de l’erreur ou de l’ingratitude, épargner à Rome les saturnales de l’idolâtrie de la veille et des auto-da-fé du -lendemain !
Le pape Clément VIII; le moine Campanclla (1SM-I60S;,
Sixte-Quint mort agita encore le conclave. Le parti des Médicis ou des Français parvint d’abord à faire un pape, sinon hostile, du moins peu dévoué à l’Espagne, Urbain VII. Mais celui-ci mourut au bout de sept jours ; la lutte recommença. Le vice-roi de Naples , pour en finir, fit reparaître les brigands; Olivarès menaça les cardinaux d’un siège;