I.’ ITALIE AU XVII* SIÈCLE
Grégoire XIV, pape tout espagnol, fut élu, mais ne régna que sept mois. Une troisième lutte, plus ardente encore que les précédentes, s’ouvrit. Le cardinal de San-Severina, porté par les Espagnols , manqua un jour la papauté d’une seule voix; « l’inquiétude, dit-il lui-même, fit sortir de son corps une sueur de sang. » Le cardinal Aldobrandino , créature de Sixte-Quint, beaucoup moins dévoué aux Espagnols, fut enfin élu le 20 janvier (1592), et prit le nom de Clément V1U.
C’était une victoire pour l’Italie. L’abjuration de Henri IV, son entrée à Paris en 1 594 en fut une autre ; on la célébra dans la péninsule comme un événement national. Le pape, qui jusque-là avait ménagé les Espagnols, et reçu seulement en secret les ambassadeurs de Henri IV, ne résista plus aux instances du grand-duc de Florence. En vain le parti espagnol quitta Rome avec les cardinaux qui le dirigeaient, en vain le duc de Sessa, ambassadeur de Philippe II , jeta les bandits des Abruzzes sur les terres de l’Église. Soutehu par les Vénitiens, parle duc de Toscane, par l’empereur luimême , auquel les Italiens fournissaient des secours contre les Turcs, le pape passa outre; il déclara, dans une cérémonie solennelle (8 septembre 1595) Henri IV réconcilié avec l’Église catholique , et rétablit ainsi entre les puissances orthodoxes un équilibre favorable à sa propre indépendance et à l’affranchissement de l’Italie.
La péninsule s’aperçut bientôt en effet qu’elle avait trouvé contre l’Espagne un puissant appui. Alphonse II , duc de Ferrare, de Modène et de Reggio , mort en 1597, avait laissé son héritage à don César son cousin, à défaut d’héritier direct. Clément VIII réclama, comme fief du saint-siège, la ville de Ferrare, lança l’excommunication contre don César, qui prétendait à toute la succession , et fit un emprunt pour appuyer d’une armée les foudres spirituelles.
Les chances ne paraissaient pas favorables d’abord au saint-siège. La cour d’Espagne, qui croyait avoir à se plaindre de Clément VIII , était fort mal disposée. Le grand-duc de Toscane , beau-frère de don César, abandonnait cette fois le pape. La république de Venise même l’empêchait de re-