CHAPITRE XVII
cruter des soldats dans la Dalmatie. Henri IV, désireux avant tout de relever les lis auprès de la cour de Rome , oublia ce qu’il devait à Venise, au grand-duc, et offrit d’envoyer une armée au delà des monts pour remettre le pape en possession de Ferrare. Don César, obligé de céder, rendit la ville après en avoir enlevé les archives, la bibliothèque et l’artillerie de son prédécesseur, et il se contenta désormais du titre de duc de Modène et de Reggio. La ville de Ferrare perdit tous ses avantages , tout son éclat de capitale, et vit bientôt s’élever, sur l’emplacement du palais ducal et du beau belvédère chanté par ses poètes , une citadelle qui tint facilement en respect une ville promptement dépeuplée.
Philippe II, qui depuis trente ans n’avait rien laissé faire en Italie, sans sa permission, fut obligé de céder cette fois. Il signait alors, avant de mourir, la paix de Vervins, qui annonçait le rétablissement de la puissance française et la décadence de l’Espagne. Son successeur, Philippe III , abandonnait même le plus fidèle des serviteurs de sa maison en Italie, Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie, auquel Henri IV arrachait en 1600, par le traité de Lyon, le Bugey, le Valromey et Gex , en échange du marquisat de Saluces.
Une nouvelle ère semblait s’ouvrir pour l’Italie avec le xvii' siècle. Elle se tournait tout entière avec espoir vers la France. Le saint-siège n’avait que des caresses pour elle. Le savant cardinal Baronius répétait à qui voulait l’entendre que la papauté n’avait jamais reçu d’aucune nation autant de services. « Peut-on souffrir, s’écriait le cardinal-neveu Aldobrandino, par les mains de qui passaient toutes les affaires, peut-on souffrir que les Espagnols veuillent commander dans la maison d’un étranger malgré lui ; » et ce n’était peut-être pas sans arrière-pensée qu’il mettait des millions en réserve et entretenait une armée de douze mille hommes.
N’ayant plus rien à démêler avec la France depuis la paix de Lyon, Charles-Emmanuel I" de Savoie commençait à comprendre que c’était en Italie, aux dépens de l’Espagne, qu’il fallait chercher à s’agrandir; et il entrait dans d’intimes relations avec Henri IV, si longtemps son ennemi. En atten-
L’ITALIE AU XVIIe SIÈCLE.
dant mieux, il achevait d’organiser le sénat établi par son père à Carignan sur le modèle des parlements français ; il ranimait l’agriculture et le commerce, et fortifiait Turin, ville italienne ; il composait lui-même un parallèle entre les grands hommes anciens et modernes, écrivait son Grand héraut, compilation d’armoiries, et commençait à fonder la puissance militaire de son petit État.
Ferdinand de Toscane , trop heureux de voir monter sur le trône de France Marie de Médicis, n’avait pas tenu longtemps rigueur à Henri IV. 11 s’enhardissait jusqu’à envoyer son amiral, Ingherani, à la tête de sa Hotte, combattre les Turcs dans l’Adriatique, et cherchait à s’emparer sur eux de l’ile de Chypre même. Au nord et au midi de l’Italie, les Milanais et les Napolitains eux-mêmes commençaient à s’agiter sous le joug de fer de l’Espagne.
C’était peut-être le moment de tenter quelque chose ; le cardinal Aldobrandino proposa un instant à Venise une ligue contre l’Espagne. Mais le cardinal Aldobrandino et Ferdinand étaient ennemis jurés. Le premier cherchait autant à agrandir le saint-siège aux dépens du second qu’à chasser les Espagnols. Henri IV, d’ailleurs, n’était pas encore assez affermi en France pour agir au dehors.
Il n’y eut alors qu’une tentative dans le royaume de Naples, qt ce fut une de ces révoltes isolées, étranges et folles, si fréquentes dans la péninsule, et que le malheur seul explique.
Un dominicain , Thomas Campanella , penseur profond s’il n’eût été encore plus grand rêveur, s’arracha tout à coup à ses élucubrations philosophiques et à ses songes pour appeler, nouveau Savonarole, ses compatriotes à la liberté. Il croyait , sur la foi de l’Apocalypse , que le xvne siècle devait être en Italie le signal d’un cataclysme où s’abîmerait la domination espagnole, et il forma le projet de fonder une sorte de république théocratique universelle. Il commença d’abord par soulever la Calabre, sa patrie; des moines, non seulement dominicains, mais franciscains et augustins, entraînés par son éloquence, se mirent à prêcher les doctrines du nouvel envoyé de Dieu , et soufflèrent sur les cendres mal