CHAPITRE XVII
lippe II se posa même hardiment en prince italien , en adversaire de l’Espagne; brave, résolu , il ne lui manqua que de savoir proportionner ses entreprises à ■ses moyens et aux circonstances. En 1609, il embrassa avec ardeur les projets que formait le roi Henri IV, l’année même qui précéda sa mort. A la tête de ses propres troupes et de renforts amenés par Lesdiguières , il rêvait déjà de s’emparer du Milanais et de le réunir à ses possessions héréditaires érigées en royaume. L’indifférence de Cosme II, époux de l’archiduchesse Madeleine, sœur de l’empereur Ferdinand, ne l’arrêta pas plus que les remontrances de Venise. Il comptait sur la France.
Resté seul contre l’Espagne par la mort de Henri IV et l’abandon de la régente, Marie de Médicis, il refusait encore de désarmer. « Mes armées piémontaises , disait-il , sont la sauvegarde actuelle de l’Italie. Naples et Milan appartiennent au roi très-catholique ; les embarras de Venise se multiplient ; la Toscane est soumise et comme assiégée dans ses possessions; le pape ne se décide pour personne; Gènes, par sa proximité de Barcelone, reçoit en quelques jours les ordres de Madrid. Peut-on parler de la lueur d’indépendance qui brille à Lucques et à Saint-Marin. Si je désarme, il n’y aura plus dans la péninsule d’hommes libres et généreux ; clleYie contiendra que des traîtres et des esclaves. » Il fallut l’intervention du pape, de Venise, de Cosme II, pour obtenir de Charles-Emmanuel qu’il envoyât au moins son fils Philibert faire quelques soumissions au roi Philippe, en l’année
À la mort de François de Mantoue, qui n’avait survécu que quelques mois à son père Vincent, en 1612, Charles-Emmanuel se montra encore moins traitable, quoique la cause ici fût plus personnelle qu’italienne. François n’avait de sa femme Marguerite de Savoie , fille de Charles-Emmanuel, qu’une fille âgée de trois ans, et laissait sa succession à son frère le cardinal Ferdinand. Charles-Emmanuel Itr réclama comme fief féminin, au nom de sa petite-fille, le Montferrat avec la ville de Casai, et, en 1613, occupa hardiment la plus grande partie du territoire qu’il réclamait. Il eut d’abord
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tout le monde contre lui : l’empereur Ferdinand évoqua l’affaire à son tribunal, le gouverneur de Milan et Cosme de Toscane mirent leurs troupes en mouvement, Venise et la France môme lui firent de vives remontrances. 11 fit tôte hardiment à tous; il rappela son ambassadeur de Venise, rejeta la médiation de la France et du pape, reçut vigoureusement le gouverneur du Milanais Mendoza à Verceil, à Asti , attaqua Novare (1614), et vit revenir bientôt à lui ses alliés naturels.
La république de Venise, depuis quelque temps en guerre %avec les Uscoques, pirates illyriens, protégés par l’empereur, ne pardonna point au gouverneur de Milan, don Pèdre de Tolède, et au vice-roi de Naples, Giron d’Ossuna, de prendre parti dans une affaire qui ne les regardait pas. Elle fit alliance avec le duc de Savoie, lui fournit un subside de cinquante mille scudi par mois, et entraîna la régente de France, effrayée de l’union de l’empereur et de Philippe III. Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné , passa les Alpes et occupa le Montferrat. Venise enrôla quatre mille Suisses dans le canton protestant des Grisons. Le duc de Savoie et la république firent alliance avec les Pays-Bas. On crut un instant à une guerre générale. Le gouverneur de Milan avait ses troupes sur le territoire de Venise et sur celui du duc de Savoie : d’Ossuna, bloquait avec sa flotte le golfe de Venise ; Cosme 11 , de Toscane, envoyait ses armées sur le Pô, à travers les États de l’Église et du duc de Modène.
Le pape Paul V, qui voyait déjà les mécréants et les hérétiques prêts à se ruer sur l’Italie, adjura les partis de poser les armes, et parvint à tout pacifier. Le roi d’Espagne, Philippe III, redoutait particulièrement la guerre. La régente de France cherchait à l’éviter. Deux accommodements qui prirent le nom de paix de Madrid (1618), conjurèrent l’orage. Le duc de Savoie retira ses troupes du Montferrat, mais en réservant ses droits sur lesquels l’empereur dut prononcer. Venise rendit Gradisca, dont elle s’était emparée, mais obtint le supplice des plus terribles des forbans dont elle avait voulu purger l’Adriatique. L’Espagne cependant sortit de ce conflit, très-amoindrie, et le duc de Savoie, fort grandi dans l’opi-