CHAPITRE XVII
nion générale , au point que les Bohémiens eurent quelque temps après la pensée de le choisir pour roi.
Don Pèdre <lc Tolède et le duc d'Ossuna; conspiration de Venise (16t«d«ÏO).
Les représentants de la puissance espagnole en Italie, le gouverneur de Milan et le vice-roi de Naples, étaient ordinairement des personnages remuants, qui, fort désireux de se faire une réputation aux dépens de la péninsule , entraînaient souvent leur gouvernement plus loin que celui-ci ne voulait, et se trouvaient toujours mécontents, quand la paix trompait leur attente. Don Pèdre de Tolède et le duc d’Ossuna cherchèrent à prendre une. revanche sur Venise en
Tout en rejetant les circonstances romanesques du récit de Saint-Réal , on ne peut nier qu’une tentative dangereuse n’ait été faite contre l’indépendance de la république. Un Français, au service de Venise, Jacques-Pierre, homme de main et corsaire très- expérimenté, forma avec quelques autres le pi’ojet de soulever plusieurs régiments, de se saisir de l’arsenal et de renverser la république; l’ambassadeur espagnol Bedmar, le gouverneur de Milan et le vice-roi de Naples n’y étaient point étrangers. Mais quelques conjurés eurent l’imprudence de se vanter de l’appui espagnol. Un beau matin, le conseil des Dix, par suite de ces indiscrétions sans doute, fit arrêter et mettre à mort plusieurs coupables; l’ambassadeur Bedmar sortit de la ville, le conseil des Dix ordonna de rendre grâce à Dieu, qui avait sauvé la république, et obtint la révocation du gouverneur de Milan.
Le duc d’Ossuna avait essuyé un second échec; il craignait maintenant le sort de don Pèdre; on le vit affecter tout à coup dans son gouvernement de singulières allures pour un vice-roi d’Espagne. Il se faisait le protecteur du petit peuple contre les nobles ; il abolissait la taxe du pain et d’autres impôts qui pesaient sur le pauvre, et faisait pendre les barons, sans cérémonie, comme d’autres citoyens. Les lazzaroni le portaient aux nues, 1 ’elello du peuple, Grirmddi,
l’italie au xvu° siècle. 421
alla le défendre à la cour de Madrid quand des plaintes y eurent accès contre lui.
Malgré cette défense , la cour paraissait mal disposée. Leduc d’Ossuna soudoya alors des troupes étrangères, des Français, des Wallons, séquestra les biens des riches et sonda même Venise et le gouvernement français (1619). Quand on lui parlait de l’envoi d’un nouveau gouverneur : « Je le recevrai, disait-il, avec vingt mille hommes.» Cependant le cardinal Borgia, nommé gouverneur, n’eut qu’à s’emparer par surprise du Caslelnuovo à Naples pour faire taire toute cette jactance (1620). D’Ossuna s’embarqua pour l’Espagne, fut magnifiquement reçu d’abord par le roi et par son ministre, et, peu de temps après , jeté dans une prison où il mourut promptement, dit-on, d’une attaque d’apoplexie.
Affaire «le la Valleline (1020-10 *0,'.
L’Italie ne sut user à propos de l’union et de la protection de la France que dans l’affaire de la Valteline; encore la France fit-elle la principale besogne.
Au commencement de la guerre allemande de Trente ans, en 1621, les Espagnols du gouverneur de Milan, et les Allemands de l’archiduché d’Autriche avaient occupé cette vallée sous prétexte de secourir leurs coreligionnaires révoltés contre les Grisons. Les deux branches de la maison austroespagnole se donnaient maintenant la main. Le roi d’Espagne pouvait fiiire passer des troupes en Allemagne au secours de l’empereur et l’empereur en Italie au secours du roi. C’était un danger terrible pour l’Europe même; Marie de Médicis appuya les représentations du duc de Savoie, de Venise, du nouveau pape Grégoire XV, qui se rappela alors ses devoirs d’Italien au milieu doses préoccupations religieuses. La Toscane seule, livrée alors par la mort de Cosme II à l’archiduchesse Christine, sa mère, et à l’archiduchesse Madeleine, sa veuve, tutrices du jeune Ferdinand, abandonna la cause commune.
La maison d’Autriche fut obligée de reculer. Une convention faite entre les puissances mit provisoirement la Valteline en dépôt entre les mains du pape (1622), et on né*