CHAPITRE XVII
gocia. A la mort de Grégoire XV l’empereur et le roi d’Espagne espérèrent reprendre le terrain perdu. Mais le conclave justement effrayé porta au saint-siège Urbain VIH (Matteo Barberini), esprit actif et tout politique comme il n’en avait pas paru depuis quelque temps sur le saint siège. L’entrée au ministère français du cardinal de Richelieu fut encore plus décisive. Sous cette main vigoureuse on prit de promptes mesures pour garantir la Valteline de l’ambition autrichienne.
Le»duc de Savoie avait aussi ses projets et ses rêves. Dans une conférence à Suse avec Lesdiguières et l’ambassadeur de Venise, il parla de s’emparer de Gènes, du Montferrat, de Milan même. Le seul espoir raisonnable et fondé des coalisés fut atteint. Le marquis de Cœuvres, en 1624, enleva brusquement la Valteline aux troupes du pape qui fut soupçonné de ne l’avoir pas fait opiniàtrément défendre. Le duc de Savoie et Lesdiguières occupèrent aussi une partie des deux rivières; mais des troupes de l’Espagne arrivèrent promptement, dégagèrent le territoire de Gènes et envahirent même celui du duc de Savoie (1625). Richelieu et le pape, satisfaits, conclurent l’année suivante la paix de Mouzon qui rendait le canton de la Valteline aux Grisons, et lui assurait la liberté de son culte et l’élection de ses magistrats. La république de Venise qui avait à se venger de l’Espagne, le duc de Savoie toujours intempérant dans son ambition , se plaignirent amèrement ; c’était cependant beaucoup dans les circonstances présentes, pour l’Italie ; le pape Urbain VIII en jugea ainsi.
le pnpc l'i-bnln VIII; succession de Mantoue; prise et ruine
de cette ville; maison de «sonzagiie-îlevers ( IStl-IttSI).
Celui-ci était cependant aussi bon prince italien que souverain pontife. Ses actes étaient ceux d’un homme qui médite de grands projets politiques; il entourait de nouveaux remparts le château Saint -Ange , élevait une muraille sur le Monte Cavallo, un arsenal sur les terrains de la bibliothèque du Vatican, une manufacture d’armes à Tivoli ; il creusait un port à Civita-Vecchia et rassemblait de nombreuses troupes.
L’ ITALIE AL’ XVIIe SIECLE.
Toute l’autorité il la concentrait en ses mains. Pour garder même le secret de ses desseins, il avait cessé de former une consulte d’Etat, et n’accordait sa confiance qu’à son neveu, Taddeo Barberini, qu’il comblait de richesses et d’honneurs.
Mais Urbain VIII voulait une occasion favorable et une entreprise sérieuse. La mort prochaine du duc de Mantoue, Vincent II, à la fin de 1627, parut la lui offrir. Celui-ci allait laisser pour son plus proche héritier le chef de la branche des Gonzague établie en France, Charles, duc de Nevers et de Rethel. Un prince tout français d’origine et d’éducation devait être salué avec espoir par les Italiens auxquels il assurait l’appui de la France. Le pape fit venir en secret auprès du duc mourant le jeune duc de Nevers, pour prendre possession du duché, et chercha à garantir encore davantage ses droits, en lui faisant épouser une petite-fille d’un des derniers ducs, François IV. Il semblait que l’empereur et le roi d’Espagne, qui n’avaient point été consultés, eussent seuls à se plaindre. On vit trop clairement que la servitude n’avait point guéri l’Italie de ses divisions et de ses rivalités. Les États italiens restèrent ou hostiles ou indifférents à cette affaire capitale.
Le duc de Guastalla et le duc de Savoie réclamèrent l’un Mantoue et l’autre le Montferrat, et donnèrent ainsi à l’empereur l’occasion de mettre le séquestre sur la succession en litige. Le grand-duc de Toscane, Ferdinand II, et Edouard, duc de Parme, depuis 1622, flottèrent irrésolus entre l’Autriche et la France. À Modène, Alphonse 111, qui venait de succéder à César d’Este , tombait après la mort de son épouse dans une noire mélancolie qui lui ôtait toute activité, en attendant qu’il se retirât chez les capucins et laissât sa succession à son fils François. Dans la république de Venise, à la suite de longues querelles entre les Corncristes et les Zénistes , entre la bourgeoisie et la noblesse, cinq correcteurs nommés contre l’institution du fameux conseil des Dix (1628), mettaient alors des bornes à ce pouvoir prompt et secret qui depuis plusieurs siècles assurait , mais à un prix terrible, la tranquillité publique; enfin à Gènes, la bourgeoisie et le peuple excités par un certain César Vachero, tentaient d’arracher à la noblesse le