L’ITALIE AC XVII* SIECLE
n’était pas moins menacée; l’ambassadeur espagnol prononçait sur elle le delenda est Carlhago. Charles-Emmanuel, en retournant à la maison d’Autriche aussi facilement qu’il l’avait abandonnée, consentit tacitement à la leçon qu’on méditait, et qu’il ne prévoyait pas si terrible.
Richelieu en personne, avec une armée conduite par Bassompierre et Schomberg, essaya en vain de détourner le coup ; le duc de Savoie l’arrêta aux sièges de Saluces et de Pignerol (1630); et l’armée allemande, arrivée sous les mure deMantoue, la prit d’assaut le 18 juillet et la mit à sac; elle ne s’en releva jamais. Charles-Emmanuel, cœur vraiment italien, mais esprit intempérant et fantasque, mourut de douleur, laissant sa succession à son fils Victor-Amédée.
L’empereur et le roi d’Espagne , apaisés par cette cruelle satisfaction, consentirent en 1631 à la paix de Chierasco. . Dans l’état où ils l’avaient mis , ils crurent pouvoir laisser au Français Charles de Nevers , son héritage , en détachant seulement quelques indemnités pour les ducs de Savoie et de Guastalla. La maison de Gonzague-Nevers prit possession du duché au milieu de son propre deuil et du deuil du pays. Deux des fils du prince Charles de Rethel mouraient alors ; un enfant restait seul pour recueillir un peu plus tard ce fardeau. Le Mantouan avait été tellement désolé par les Allemands et par la peste, le nouveau duc lui-même était dans une telle détresse qu’il fallut emprunter des troupes à Venise pour occuper les places fortes.
La catastrophe terrible de Mantoue acheva de décourager les Italiens. Persuadé que la France ne cherchait dans la péninsule qu’une diversion utile à ses intérêts , Urbain Ylll lui-même ne songea plus qu’à satisfaire son ambition personnelle. En 1633, à la mort de François -Marie, duc d’Urbin, Taddeo Barberini, en vertu d’un certain droit de dévolution alors fort en usage, envahit le petit duché. En vain le duc de Toscane réclama, au nom de sa femme, Victoria ; les mesures avaient été si bien prises, que les sept villes et les soixante et dix châteaux du duché furent occupés en un clin d’œil. Le pape ne consentit à laisser à Victoria que les biens allodiaux , et pour affermir sa conquête, con-
CHAPITHK XVII.
serva tous les privilèges des villes et châteaux , et laissa vivre Saint-Marin môme de sa vieille et innocente liberté. La péninsule retomba dans l’indifférence et l’atonie du siècle précédent.
État matériel et moral ; sciences , lettres et arts.
11 n’y eut guère alors non plus de prospérité matérielle ou morale qui pût consoler l’Italie de tant de faiblesse ou d’agitations stériles. La république de Venise devait â sa fermeté, à la sagesse de son gouvernement , et la Toscane à l’esprit éclairé de quelques-uns de ses princes , de conserver encore quelque chose de cette richesse qui avait autrefois débordé dans toute la péninsule. Venise faisait encore presque seule le commerce du Levant. Ferdinand II entretenait pendant son règne l’agriculture et l’industrie de la Toscane. Sous lui on fabriquait chaque année à Florence pour trois millions d’écus d’étoffes de soie, de tissus d’or, d’argent et de serge. Les ducs de Savoie commençaient à faire de leur petit État une puissance toute militaire et italienne. Gènes conservait encore le commerce des côtes de l’Espagne et celui de l’Afrique.
La capitale des États de l’Église avait tous les dehors de la grandeur et même d’une prospérité croissante. On ne voyait plus renouveler dans son sein les merveilles du siècle précédent, mais elle s’embellissait encore. Chaque pape mettait sa gloire- à éterniser son nom dans un nouveau monument. Une noblesse ancienne, nombreuse , brillante , y rivalisait de luxe et d’éclat ; c’étaient les Savelli , les Conti , les Orsini, les Colonna, les Gaetani. Depuis que les papes avaient cessé de créer des principautés à leurs neveux, pour leur faire partager leur puissance et leur prodiguer les revenus de l’Église, une noblesse nouvelle, les Aldobrandini , les Borghèse, les Ludovisii , les Barberini, surpassaient encore l’ancienne en opulence et même en fierté. La cour pontificale et toutes les nobles maisons donnaient à Rome une grande activité, un certain éclat.
Mais à comparer aux siècles précédents, quelle décadence ! Venise, dépossédée par les Turcs , n’était plus la maîtresse