L’ITALIE AU XVII* SIÈCLE
d’un quart et demi de l’empire d’Orient; supplantée parles Portugais, elle n’avait plus le monopole du commerce des Jndes; bravée en face même des Lagunes par les Uscoques, elle n’était plus la reine de l’Adriatique. Dans la Toscane , si Florence brillait encore, qu’étaient devenus Pise, Arezzo, Lucques, Pistoie? Gènes essuyait bien des mécomptes dans le commerce africain , et s’épuisait à contenir les Corses rebelles. A Rome même quel éclat mensonger! Les finances du saint-siège, dans lesquelles se trouvait engagée la fortune de presque toutes les grandes familles, reposaient toujours sur le système funeste d’emprunt ou de monti qui, mangeant la moisson en herbe, ne pouvait manquer de conduire à l’abîme. À l’avénement d’Urbain VIII, la dette s’élevait déjà à dix-huit millions de scudi; elle atteignait, à la fin de son règne, trente millions, somme énorme pour le temps, et une population écrasée d’impôts et misérable, des villes ruinées, des campagnes négligées, commençaient à faire un triste contraste avec l’éclat de maisons princières. Des notes des ambassadeurs vénitiens , en 1621 , constatent déjà cet état de décadence qui , depuis , ne s’est jamais arrêtée. Ils remarquent une grande pauvreté parmi les paysans et le bas peuple , et peu d’aisance, pour ne pas dire beaucoup de gêne dans le reste de la population. Bologne , Ferrare, devaient encore quelque éclat à leurs palais, Ancône à un reste de commerce avec la Turquie , mais les autres villes étaient tombées bien bas; Varia caltiva commençait à faire de la campagne de Rome un désert.
La domination espagnole avait fait pis encore. Elle avait altéré l’humeur nationale, les coutumes traditionnelles de l’Italien. Sous la morgue et l’étiquette étrangères, disparurent ce bienveillant et vif échange de rapports entre toutes les classes , cette sociabilité que les Italiens devaient à la vivacité de leur humeur et à un ancien état démocratique qui avait confondu tous les rangs. La noblesse commença à se tenir à part; les titres, assez dédaignés auparavant, furent vivement recherchés et appréciés. L’aristocratie n’eut plus' aucun intérêt dans les entreprises de l’industrie et du commerce ; le noble italien, prenant quelque chose de l’hidalgo,