CHAPITRE XVII
se para de titres sonores et ne fraya plus avec ses métayers qu’il avait traités autrefois en vrai chef de famille. Les règles d’une étiquette mesquine et pointilleuse entravèrent tous les rapports sociaux ; les querelles de préséance entre les divers souverains, et entre les nobles à la même cour, devinrent les plus considérables questions politiques. A Rome, les cochers des grands seigneurs durent être trèsexperts sur les règles du cérémonial, très-habiles à arrêter leur voiture , à l’ouvrir, à la fermer , à céder le pas , à le prendre selon les armoiries des équipages qu’ils rencontraient. Les mœurs de toute la nation s’en ressentirent . Une frivolité universelle brisa tous les ressorts de l’esprit et du caractère. Ce qu’il y a de plus national, la passion et le plaisir même , perdirent de leur originalité native. L’ardeur et la jalousie, qui poussaient si souvent l’amour en Italie jusqu’à l’héroïsme ou jusqu’au crime, s’éteignirent dans le froid et mélancolique personnage de sigisbée. Une danse grave et maniérée devint la distraction la plus recherchée, et ce fut dans l’ancienne et remuante commune de Milan qu’on alla chercher les maîtres les plus accomplis dans cet art.
Les sciences , la littérature et les arts répondirent fidèlement à cet état social. Les deux princes les plus éclairés du temps, Ferdinand de Toscane et Charles-Emmanuel, essayèrent de fonder des académies; mais elles n’étaient occupées, selon la spirituelle expression d’un contemporain , celle de la Crusca même, qu’à convertir les lances en fuseaux. Une autorité religieuse et une domination politique plus ombrageuses l’une que l’autre, ne laissaient place à aucune pensée sérieuse, à aucune inspiration forte et libre. Au milieu des mille petites luttes de la haine et de l’égoïsme, toujours debout dans la servitude commune, la littérature perdit toute généralité, toute unité, comme la péninsule; elle ne fut plus animée, comme au temps de Dante et de Pétrarque, d’un souffle national ; la langue écrite elle-même abandonna la grande tradition; les patois reprirent le dessus connue les municipalités; les poètes populaires ne chantèrent plus que dans l’idiome provincial; le théâtre de ï Académie fut abandonné pour les tréteaux de la rue; Florence