L’ITALIE AU XVII* SIÈCLE
elle-même rédigea son Dictionnaire toscan contre la langue italienne.
Quelques faits témoignent suffisamment de cette déca- * dence générale. En Toscane, l’emploi de la méthode d’observation, appliquée principalement par Galilée à l’astronomie, par Torricelli à la physique , excita les craintes d’un pouvoir effrayé de tout ; Galilée, pour avoir essayé de populariser dans quelques dialogues ses découvertes sur le mouvement de rotation de la terre autour du soleil , fut mandé en 1(333 à Rome, devant le tribunal du saint-office, obligé de se rétracter et condamné à une prison perpétuelle. Il ne dut qu’à l’intervention du duc de Toscane, son élève, l’adoucissement de sa peine.
A. plus forte raison la littérature s’éloigna-t-elle de tout sujet profond , sérieux , qui eût trop fortement secoué les âmes. Le temps des épopées, des grandes histoires, était passé. Un certain Boccalini , qui écrivait à Venise avec cette liberté que permettait le conseil des Dix , toutes les fois qu’elle ne s’attaquait pas à lui, faisait entendre à l’Italie quelques bonnes vérités , dans ses commentaires à la façon de Machiavel sur les histoires de Tacite : « Si l’Italie, dit-il, considérait quelle est cette paix dont elle se vante , elle reconnaîtrait aisément que ce poison de l’oisiveté n’est pas moins déplorable pour elle que la guerre et les maux de ses voisins. » Mais un peu plus loin, en croyant louer sa patrie, il mettait le doigt sur la véritable plaie, sur cette politique de faiblesse et d’illusion dont elle expiait alors la funeste habileté. « Ce sont, dit-il, d'habiles marchands que les Italiens, en ce qui concerne leur servitude ; et ils en trafiquent avec, tant d’artifices, qu’en s’accoutrant d’un haut-de-chausse à la sévillane, ils donnent à croire que les voilà devenus de bons Espagnols, comme ils se font prendre pour d’excel lents Français en se mettant au col une fraise de Cambrai. Mais lorsque enfin on veut en venir aux résultats , ils vous montrent plus de dents que n’en ont cinquante bottes de scies. » L’illusion est dans les derniers mots, la vérité est frappante dans les premiers.
À part ce Boccalini, les auteurs du xvu* siècle, repous-