‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 228 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

sant loin de leur pensée ces vérités dangereuses, faisaient de la littérature un jeu d’esprit, du style une affaire d’harmonie et d’images. La forme déjà perfectionnée n’ayant plus où se prendre, allait se tourmentant elle-même, se subtilisant de plus en plus et tombait dans la manière et dans l’afféterie. La pensée n’arrivait plus au jour que travaillée, défigurée, sous la forme d’une pointe. L’idée, le concept {concelli) n’était plus qu’un jeu de mots. Guarini, dans son Paslor fido , drame pastoral délayé en six mille vers, avait ouvert la voie à la fin du siècle précédent. Marini, le grand corrupteur du goût italien , dépensa dans son poème à' Adonis toutes les ressources d’une imagination sans vergogne, et toute l’intempérance d’un esprit sans mesure. Alexandre Tassoni, dans la Secchia rapita (le Seau enlevé), grande cause de querelle entre les anciennes républiques de Modène et de Bologne, eût pu , sous forme de satire , faire une leçon piquante et trop méritée à l’esprit de rivalité de ses compatriotes; il ne vit dans son sujet autre chose qu’une matière à plaisanteries souvent bouffonnes. François Bracciolini , dans lo Scherno degli Dei (la Moquerie des Dieux), traîna dans la boue de la Toscane les dieux de l’Olympe , sans garantir des éclaboussures l’Église catholique. La poésie se sentant épuisée, faute d’aliments, appela la musique à son aide, et devint comme sa servante dans l’opéra, seule création originale peut-être du xvn* siècle ; encore l’opéra ne fut-il guère, avec Ranucci et Apostolo Zeno, qu’un art dans l’enfance.

Le génie des Italiens ne se fit jour, dans ce triste siècle des seicentisti , que là où à défaut de la liberté on lui laissa la licence , dans les époques de carnaval et dans la Comedia dell’ arle, ce véritable carnaval de l’art dramatique. A Rome, à Venise, à Milan, à Naples, les fêtes de la folie prirent alors un grand développement et atteignirent leur perfection. Quand sonnait enfin la courte trêve de ce long jeûne de la liberté, l’imagination italienne, avec toutes ses ressources, avec toute sa vivacité, prenait une éclatante revanche où le costume en disait encore plus que la parole. Quelques-uns de ces personnages qui survécurent au carnaval constituèrent même la Comedia dell’ arle, ou comédie populaire , et

L’iTAI.IE AU XVIIe SIECLE.

des types ambulants, Pantalon, le naïf marchand ; Balanzoni, le procureur; Spaviento, le capitan espagnol ; Brighella, l’intrigant, et les célèbres Arlequin et Polichinelle, conservèrent souvent le privilège d’une originalité tous les jours plus rare.

Dans les arts plastiques, les artistes, grâce à une profonde connaissance de la pratique, laissèrent encore d’étonnantes productions, quoique d’un ordre inférieur. Hommes de main avant tout, faisant facilement et vite, il suppléèrent à l’inspiration par la recherche, et s’écartèrent de la simplicité pour tomber dans le mauvais goût Bernini , architecte, peintre, sculpteur, comme avait été Michel-Ange au siècle précédent , entoura la place Saint-Pierre de cette merveilleuse colonnade qui fait un si digne vestibule à la première église du monde; mais il nuisit considérablement à l’effet intérieur de la coupole en y élevant un lourd maitre-autel composé de colonnes torses surchargées de franges, de festons, de volutes, et qui est comme un petit temple dans le-grand. 11 mania aussi le ciseau et broya les couleurs avec une prodigieuse facilité, mais il donna le signal de la décadence en ne sachant pas garder à chacun de ces deux arts leurs limites. Après lui Boromini , dans l’architecture, commença à briser les lignes , à bouleverser, à superposer les ordres , comme dans Saint-Jean de Latran et dans la façade de Sainte-Agnès. Le sculpteur Alexandre Algardi, de Bologne, voulut rivaliser avec la peinture dans son bloc d’Attila. Les vierges et les enfants de Fiainmengo conservèrent quelques traces de correction et de sobriété.

Dans la peinture , on voyait finir alors les grands artistes religieux suscités par la recrudescence catholique de la fin du siècle précédent, les Carrache, le Dominiquin, le Guido. Après la Judith du premier et les Apôtres du second, le Guerchin, peintre d’humeur pacifique et bon croyant, suivit cette voie, dans son Ayar, son saint Jérôme , son Annonciation. Mais le mépris de la règle et de la tradition , la libre allure, la fantaisie , la touche facile et expéditive surtout , furent le caractère général de ses contemporains et de ses successeurs. Michel-Ange -Caravage donna plus particulièrement

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