CHAPITRE XVII
pendu s’il ne s’assure l’impunité. La bourgeoisie se joignit au peuple pour redemander les bonnes coutumes du temps de Charles-Quint. Mazanicllo arma ses bandes, ouvrit les prisons, attaqua les Espagnols, se rendit maître de la ville, et resserra étroitement dans son château le duc d’Arcos. Sous prétexte de traiter avec le chef du mouvement , le duc de Montaleone et son frère Caraffa, pénétrèrent dans la ville à la tête de trois cents bandits, attaquèrent Mazaniello, tirèrent sur lui et le manquèrent ; le peuple furieux pendit Caraffa qui s’était laissé prendre et nomma Mazaniello capitane général. Les brillantes promesses n’agirent pas davantage sur le pêcheur , qui refusa au prix de deux cent mille ducats de se séparer de ses frères. 11 organisa la ville par quartiers ayant chacun son capitaine; chassa les nobles qui ne voulurent pas s’enrôler et fit arborer partout un drapeau avec l’image de saint Janvier, du roi d’Espagne et les armes du peuple , pour témoigner de son respect pour la religion et le roi en même temps que des volontés populaires.
Le duc d’Arcos fut obligé de céder; le 13 juillet, il proposa de rétablir toutes les immunités reconnues au temps de Charles-Quint, et d’accorder au peuple des suffrages égaux à ceux de la noblesse dans la nomination aux magistratures municipales ; le pécheur d’Amalfi , investi des pleins pouvoirs du très-fidèle peuple de Naples, vêtu d’un riche costume espagnol que l’archevêque l’obligea d’endosser, se rendit à cheval au milieu de l’enthousiasme des lazzaroni, auprès du vice-roi , pour dresser le traité. Avant d’entrer dans le château il recommanda au peuple de garder ses armes , de mettre le feu au château s’il tardait trop à se montrer, et de lui faire la grâce d’un ave Maria s’il ne revenait pas. Le traité signé, il le rapporta, le lut, le commenta lui-même au milieu d’une cérémonie solennelle devant les portes de la cathédrale. Le diplôme régulier de capitainegénéral lui fut délivré comme garantie du traité; mais il refusa le collier d'or de trois mille ducats qui y était joint , résolu à redevenir pêcheur comme devant, aussitôt que la ratification serait arrivée d’Espagne.
Mais cette succession rapide d’événements, ce brusque
L’ITALIE AU XVIIe SIÈCLE.
passage d’une pauvreté honnête et gaie à la richesse , et de la révolte à un triomphe inouï, peut-être quelque breuvage, s’il faut en croire la tradition populaire, altérèrent promptement la raison du capitaine-général. Exposé aux tentations et aux flatteries perfides de quelques-uns, aux résistances et à la jalousie des autres, condamné à l’exercice d’un pouvoir qui ne lui convenait pas , il se montra tout à coup violent dans ses répressions, fier dans ses exigences, extravagant dans toute sa conduite, et le peuple même s’éloigna de lui. Frappé davantage encore par cet abandon, Mazaniello se comporta comme un insensé; il jetait des poignées de sequins à la mer et s’écriait : « Je suis le monarque universel et je ne suis pas obéi. » C’était là où on l’attendait. Quelques assassins surprirent le malheureux comme il venait de recevoir la communion dans le couvent del Carminé; ils le tuèrent à coups d’arquebuse et portèrent sa tête au palais du vice-roi, au milieu des applaudissements ou de l’indifférence de ce peuple quelques jours encore auparavant ivre de sa personne.
Mazaniello mort, le vice-roi eut le tort de croire tout fini; le rétablissement de la taxe du pain rappela bientôt au peuple celui qu’il avait perdu. La foule en masse se porta au lieu infâme où l’on avait jeté le corps de celui qu’elle avait idolâtré ; elle l’en tira , le promena par la ville , força le clergé , les troupes, les gens du vice-roi à l’accompagner, et chanta dignement Y ave Maria qu’il avait demandé. Le bruit se répandit même que la voix de Mazaniello s’était fait entendre, et que sa main avait béni en signe de remercîments. Au sortir de la cérémonie on se porta contre le palais du vice-roi ; la bourgeoisie donna cette fois pour chef au mouvement, François Toralto, seigneur populaire et plus expérimenté. Le vice-roi 'gagna du temps jusqu’à l’arrivée de don Juan. Celui-ci n’obtint pas davantage en tournant ses canons contre la ville. Les Espagnols furent deux fois repoussés, et les Napolitains résolurent de secouer tout à fait le joug de Philippe IV. François Toralto, qui ne paraissait pas assez décidé, fut tué. Un armurier, Gennaro Annese, qui s’était distingué dans la défense de la ville, fut nommé capitainegénéral. Les emblèmes espagnols furent arrachés, la répu-