‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 233 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de Savoie, Verceil; ii obtint le pardon du duc de Modène, régla entre les Farnèse et le saint-siège l’affaire toujours pendante de Castro , et exigea une amnistie pour les délits politiques dans le royaume de Naples.

Alcxaudre VII et Clément IX; Charles Emmanuel II et Ferdinand II; guerre de Candie (IISO-IOISJ.

Quand, à la mort de Mazarin, Louis XIV se décida à gouverner par lui-même, tout était prêt pour donner un grand règne à la France. Les souverains de l'Italie ne parurent pas s’apercevoir des changements qui se préparaient en Europe.

A la mort d’innocent X, en 1656, les cardinaux de Médicis, et Antonio Barberini, chefs du parti espagnol et du parti français, étaient restés longtemps aux prises ; mais un nouveau parti formé de ceux qui ne voulaient écouter que leur conscience, l 'escadron volant, comme on l’appelait, en se portant tantôt d’un côté tantôt de l’autre, avait forcé les deux partis à renoncer à leurs prétentions et fait élire le cardinal Chigi, recommandable par sa vertu et son mérite, qui prit le nom d’Alexandre VII. Le nouveau pape parut d’abord marcher dans la voie que lui indiquait suffisamment son élection. Il interdit à ses neveux de venir à Rome , il prit pour secrétaire l’historien, tout romain, du concile de Trente, Pallavicini, aussi ennemi de l’ambition temporelle des papes que défenseur ardent de la suprématie spirituelle du saint-siège. Il laissa le soin des affaires temporelles à la congrégation d' État et fixa les conditions d’entrée et d’avancement dans les fonctions publiques. Mais bientôt il démentit les premières espérances qu’il avait fait concevoir; il combla ses parents de biens et laissa son propre frère s’enrichir en vendant la justice dans le Borgo. L’austère Pallavicini interrompit la biographie du pape à la vue des scandales dont il avait d’abord espéré la fin, et une opinion très-défavorable au gouvernement ecclésiastique commença à se répandre en Italie.

La dette de l’État, toujours augmentée par les emprunts, s’éleva à cinquante-deux millions d’écus, l’administration fut plus mauvaise que jamais et la misère croissante. Les

L’iTALlE AU XVIIe SIÈCLE.

plaintes montèrent jusqu’au saint-siège : « Ce sont là des fléaux, très-saint père » , dit le cardinal Sacchetti en s’adressant à Alexandre VII, « pires que les plaies des Hébreux en Égypte. Des peuples qui n’ont pas été conquis par l’épée, mais qui sont venus sous l’autorité du saint-siège par des donations de princes ou par une soumission volontaire, sont traités plus inhumainement que les esclaves en Syrie ou en Afrique. Ce sont de ces choses qu’on ne peut voir sans verser des larmes. » L’esprit catholique, réveillé par le danger à la fin du xvi' siècle à la cour de Rome, semblait lui-même entraîné avec le reste à la fin du xvn'. Pallavicini, le dernier successeur des Baronius et des Bellarmin, mourut négligé ; les travaux théologiques furent suspendus ; après Girolamo da Narni, on n’entendit plus à Rome de bons prédicateurs. En architecture, on restaura seulement laSapienza et Sainte- Agnès ; à côté s’élevèrent les splendeurs mondaines des palais Chigi et Pamfili; et dans les vieilles églises la peinture religieuse disparut avec cette restauration de la foi qui l’avait un instant relevée.

Une faute du pape Alexandre VII acheva au dehors la déconsidération politique du saint-siège. Contrarié dans ses desseins sur Castro, par la paix des Pyrénées, Alexandre VII affichait un tel ressentiment contre l’ambassadeur français, duc de Créqui, que la garde corse du pape, en 1662, se crut autorisée à faire insulte au représentant de Louis XIV, protecteur naturel alors du saint-siège. Le grand roi demanda impérieusement réparation, et les vaines parades de résistance du pape , qui rassembla des soldats et en passa luimême la revue sur le Monte-Mario, ne firent que rendre son humiliation plus profonde. Le grand-duc de Toscane rappela le pape au sentiment de la réalité par de tristes et sévères paroles. Alexandre VII fut obligé de licencier sa garde, de faire des excuses à l’ambassadeur, et d’élever une colonne en souvenir de la réparation. Un contemporain put dire avec raison, que le saint-siège, sans un miracle paient, ne se relèverait point de cette foute et de ce châtiment.

Sous le pacifique duc de Toscane, Ferdinand II , Florence reprit quelque prospérité ; il y attira, par ses brillantes fêtes,

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