‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 234 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

tous les personnages de marque, et sa cour devint une véritable école de galanterie, où l’on se donna rendez-vous pour y goûter les plaisirs délicats et y apprendre les belles manières. Ferdinand rendit encore à la Toscane un service plus sérieux : Florence, qui avait été le berceau des lettres modernes au xvie siècle, devint le berceau des sciences au xvne. Grâce à une protection qui n’aurait plus permis le procès de Galilée , et surtout aux encouragements et à l’exemple personnels du prince, les sciences mathématiques et physiques furent cultivées avec autant d’enthousiasme que l’avait été précédemment la littérature. Torricelli, le disciple chéri de Galilée, fit les premières expériences fondamentales pour l’étude des liquides et des gaz ; Borelli réduisit les éléments de l’ancienne géométrie à deux cents propositions , et toucha presque la vraie théorie des comètes; Viviani étudia la résistance et la mesure des solides. Le grand-duc de Toscane lui-même et son frère le cardinal Léopold inventèrent et perfectionnèrent des instruments pour l’étude des phénomènes naturels. Ils mettaient à la disposition des savants un local dans le palais Pitti , et les réunissaient en société sous le nom d’Âcadémie del Cimento. Le secrétaire du nouveau corps savant, Magalotti, recueillit dans ses Essais les principaux résultats des études de l’Académie avec cette même plume , nette et quelquefois chaleureuse, dont il avait dépeint les athées et les indifférents dans ses Lettres familières. Cette louable impulsion , donnée par Ferdinand aux sciences , n’était peut-être pas alors le plus pressant, surtout le seul besoin de.l’Italie. Il chercha cependant aussi à assurer une puissante alliance à son fds Cosme , en lui faisant épouser une princesse française , Marguetite-Louise , fdle du duc d’Orléans.

Le duc de Savoie, Charles -Emmanuel 11, fidèle aux exemples de ses prédécesseurs, donna à ses efforts un caractère plus politique. Il continua à tenir une forte armée sur pied. Il jeta à Turin les plans de ces utiles, mais quelquefois monotones monuments qui annonçaient la capitale d’un État réservé à de plus hautes destinées ; il centralisa l’administration de son duché, et pour en réunir les deux

l’italib au xvir siècle. 443

parties, commença à faire percer ce beau chemin de la Grotte , qui mène de Lyon à Turin par les Échelles.

La république de Venise montra à cette époque que toute puissance, tout héroïsme n’étaient pas éteints chez elle, mais dans une guerre particulière, qui lui ôta tout pouvoir de songer aux intérêts généraux de la péninsule. Attaquée dans toutes ses colonies, dans l’Adriatique , dans la Dalmatie, par les Turcs, qui voulaient isoler Candie, elle en était venue à demander au pape la dîme des biens ecclésiastiques, à vendre les titres de noblesse et l’entrée au grand conseil (1663). Tous les citoyens firent leur devoir; laïques et religieux , hommes et femipes , offrirent au trésor les trois quarts de leurs bijoux , de leur vaisselle d'or et d’argent. Les Morosini et lçs Mocenigo ajoutèrent à ces sacrifices, à ces dévouements , toutes les ressources de l’habileté et du courage; à Naxos, à Chio, à Lemnos, à Cos, dans les Dardanelles, au golfe de Lépante, partout dans ces parages, sur terre et sur mer, le sang chrétien et le sang musulman furent versés à (lots. Venise eût peut-être accompli contre les Ottomans les plus grands desseins, si elle avait pu compter sur le reste de la chrétienté; mais secourue faiblement, et presque toujours en secret, même par le pape et l’Autriche, elle commençait à sentir qu’elle ne sauverait que son honneur.

Après la mort d’Alexandre Vil , Clément IX , homme d’excellentes intentions, quoique manquant un peu d'énergie, élu par l’influence de 1 escadron volant (1667), entra dans une voie meilleure. A Rome, il n’accorda à ses parents que de raisonnables faveurs ; il ne donna pas le scandale habituel de bouleverser, pour les pourvoir, toute l'administration. Au dehors, la nomination au cardinalat de Léopold , frère du grand-duc de Toscane, rétablit entre la Toscane et le saint-siège une alliance précieuse et depuis longtemps rompue. 11 tenta enfin de faire, de la lutte particulière des Vénitiens contre les Turcs, une affaire nationale, chrétienne même. •

Cent trente mille scudi furent envoyés à la république de Venise par le frésor pontifical. Sur les pressantes invila-

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