ESSAIS DE RÉFORMES EN ITALIE AU XVIII' SIÈCLE
GUERRE POUR LA SUCCESSION DU MILANAIS ET DU ROYAUME DE NAPLES QUI PASSENT A L’AUTRICHE (1701-1714). — CRÉATION PU ROYAUME DE SARDAI- GNE POUR VICTOR AMÉDÉE I" (1714-1721). — LE DUCHÉ DE PARME SUP- PRIMÉ; NAPLES PASSE A UN BOURDON ; LA TOSCANE A UN HABSBOURG (1720-1735). — GÈNES ET SAINT-MARIN (1735-1738). — GUERRE DE LA SUCCESSION D’AUTRICHE; DÉFENSE DE GÈNES; LE DUCHÉ DE PARME RÉTA- BLI; LE ROYAUME SARDE AGRANDI (1740-1748). — ÉTAT DE I.’lTALIE AU COMMENCEMENT DU XVIII* SIÈCLE ; ESSAIS DE RÉGÉNÉRATION FAITS PAR QUEL- QUES PRINCES. — INFLUENCE DU JANSÉNISME ET DE LA PHILOSOPHIE FRAN- ÇAISE; LÉOPOLD 1"; TANUCCI; FIRMIAN CIIARLES-EMMANUEL (1750-1769). — VENISE, GÈNES, ROME EN DEHORS DU MOUVEMENT; CLÉMENT XIII; BENOIT XIV ; ABOLITION DE L’ORDRE DES JÉSUITES (1769-1774). — DÉ- FAUTS DE LA RÉGÉNÉRATION ITALIENNE; JOSEPH II; FERDINAND IV; VICTOR amédée II; pie VI (1774-1789).
Cucrrc pour la guccesBion du nilanals et du royaume de IVupIeH, qui passent à l'Autriche (1901-1314)
Le xv»c siècle a été pour l’Italie le temps du plus profond découragement et des attermoiements indéfinis. L’engourdissement est complet et comme voisin de la mort. Entre la monarchie espagnole agonisant avec Charles II, et la France ambitieuse et arrogante sous Louis XIV, la péninsule n’ose concevoir une pensée , former un projet , faire un mouvement, de crainte de rencontrer la mort au lieu de la délivrance. Plongée dans une sorte de sommeil léthargique h peine troublé par quelques convulsions internes, et par les lésions souvent profondes du fer étranger , elle se plaît et s’endurcit dans cette immobile insensibilité si contraire à sa nature, mais si conforme à son malheur. Au commencement du xvme siècle , l’Italie fut violemment arrachée de son apathique indifférence; les événements vinrent lui poser plusieurs fois coup sur coup , et , quoiqu’elle fit , le problème de sa destinée. Mais soit impuissance , soit défaut d’énergie , en tout cas , faute d’union et d’accord de la part de ses princes , elle ne sut pas résoudre elle-même la question redoutable, et presque sans elle, mais surtout çontre
l’italie au xvur siècle. 451
elle, l’étranger encore lui octroya son sort tout fait. Son poète d’alors , Filicaia , put regretter justement de la voir ceinte d’un fer qui n’était pas le sien, combattre avec le bras des nations étrangères pour rester, victorieuse ou vaincue , toujours esclave !
Del non tuo ferro cinla Pugnarc, col braccliio dei stranierc genti Per servire sempre, o vincitrice o \ i 11 ( a !
Longtemps déjà avant la mort du dernier descendant direct de Charles-Quint, Charles II, la diplomatie européenne avait essayé de disposer de la péninsule en tant qu’annexe de la monarchie espagnole. Des traités secrets avaient adjugé le Milanais et le royaume de Naples, tantôt à un prince bavarois, tantôt à un Autrichien, tantôt à un Français. Les souverains de l’Italie n’avaient pas été consultés à ce sujet , moins encore bien entendu les provinces qui étaient sacrifiées aux besoins de l’équilibre européen. Le dernier testament de Charles II (mort en novembre 1700), qui maintint l’intégrité de la monarchie espagnole , et transporta ses domaines italiens avec tout le reste à un petitfils de Louis XIV, le duc d’Anjou , ne fut point mal accueilli dans la péninsule. Le pape Innocent Xll avait eu dessein de parer aux périls de l’avenir en faisant une ligue des princes italiens , destinée à prévenir les invasions de l’étranger. Son successeur, Clément XI (Àlbani), renonça à cette idée ; il loua publiquement Louis XIV d’avoir accepté la succession, et écrivit une lettre de félicitations au nouveau chef de la monarchie espagnole, Philippe V, bien qu’il retardât, comme suzerain, de l’investir du royaume de Naples. Avec le pape, non-seulement Vaudemont, gouverneur du Milanais, et Medina-Cœli, vice-roi de Naples, firent proclamer Philippe V, mais le grand-duc de Toscane , le duc de Savoie, les petits ducs de Parme et de Modène , et les trois républiques, Venise, Gènes, Lucques , reconnurent la royauté du Bourbon. Ce qui plaisait sans doute aux Italiens, c’est que cela leur paraissait résoudre la question sans secousse, et de plus simplifier encore la position politique de