CHAPITRE XV1U
nir, et lui permirent de donner la main au duc de Savoie , avant que La Feuillade eût achevé l'investissement de la place. Attaqués dans leurs retranchements inachevés , les Français perdirent l’avantage du nombre et éprouvèrent une déroute complète ; le duc d’Orléans ne put même effectuer sa retraite sur Casale pour couvrir le Milanais. L’armée française, découragée, se jeta à la débandade sur la route de France, laissant le Piémont au duc de Savoie, et le reste de l’Italie à l’Autriche.
Le duc de Savoie rentra dans Chivasso , Ivrée , Verrue , Asti, et ordonna d’élever sur la montagne de Superga l’église que dans sa détresse il avait fait vœu de bâtir à la Vierge. Le prince Eugène n’éprouva pas plus de résistance dans le Milanais; il entra dans Novare, Pavie, Lodi, Corne, Alexandrie, Tortoné, Casale, Pizzighittone, et vit venir bientôt même les députés de la noblesse et du peu*ple de Milan , qui lui préparèrent un vrai triomphe. Le général français Medavv, isolé, se retira d’abord dans Mantoue avec les quinze mi lie hommes qui restaient en Italie, mais il reçut bientôt de Louis XLV la permission de signer (1707) une capitulation particulière, et revint librement en France en cédant Mantoue, Crémone et le château de Milan.
Il n’y eut plus qu’à se partager les dépouilles. L’empereur Joseph investit son frère l’archiduc Charles du .duché de Milan, et en détacha Alexandrie, Valenza, la Valvezia et la Lomelline, pour dédommager Victor-Àmédée de ses pertes dans la Savoie. Il déclara le duc de Mantoue, Ferdinand- Charles, allié des Français, déchu de ses États; adjugea Casale et Moiitferrat au duc île Savoie, et réunit Mantoue au Milanais. Tous les partisans de la France furent frappés de fortes contributions de guerre. Cosme dut payer cent cinquante mille doublons , le duc de Parme quatre-vingt-dix mille. Enfin le général autrichien Daun reçut ordre de marcher sur le royaume de Naples.
Ce ne fut point une conquête; la population tendit les, bras aux envahisseurs. Après la prise de Capoue et d’Aversa, tombées sans coup férir, des députés portèrent au général autrichien les clefs de Naples pour l’archiduc, et ne deman-
L’iïALlK AU XVIII* SIÈCLE.
lièrent que les privilèges du temps de Charles-Quint. Le peuple brisa les statues de bronze de Philippe Y , et les jeta à la mer. De Naples, une flotte partit en 1708, pour Cagliari, et détermina la fuite du vice-roi bourbonien de la Sardaigne. L’empereur, bien plus entreprenant que ne l’avaient jamais été les rois d’Espagne, surprit même dans les présides de Toscane San Stefano, ürbitello ; et , se croyant l’arbitre de toute la péninsule , somma le duc de Parme et Plaisance de venir recevoir à Milan l’investiture de son duché, et s’empara de Commachio dans les États de l’Église.
Le pape sortit, mais trop tard de son indifférence. 11 protesta contre la violation de son territoire, leva des troupes, fut battu, résista jusqu’au dernier moment et ne se résigna à reconnaître pour roi catholique Charles d’Autriche, que le 15 janvier 1709, à onze heures du soir, en voyant les impériaux, comme au temps de Bourbon , presque aux portes de Rome.
L’Italie, pour s’être abandonnée elle-même, fut livrée comme la rançon de l’équilibre européen , quand on fit la paix à Utrecht, en 1713. L 'avènement de l’archiduc Charles à l’empire, en 1711, après la mort de Joseph Ier, reportait sur l’Autriche les craintes inspirées d’abord à l’Europe par la maison de Bourbon. Ce qu’on voulait maintenant, c’était empêcher la maison d’Autriche de réunir, comme au temps de Charles Quint, l’empire allemand à la couronne d’Espagne. On y parvint en lui livrant la péninsule. Le pape, luimême, qui avait des prétentions sur des pays dont on disposait, n’eut point à donner son avis. On adjugea à l’empereur ce qui avait appartenu à l’Espagne, le Milanais, Naph>3 et la Sardaigne, sauf la Sicile qui fut donnée à Yictor-Amédée, avec le titre de roi convoité longtemps oar ses ancêtres. Yictor-Amédée 1er se hâta de prendre son titre nouveau. Il transmit à son fds, celui de duc de Savoie, et alla recevoir solennellement la couronne de Sicile à Païenne, des mains de l’archevêque. 11 croyait avoir beaucoup obtenu pour luimême et pour l’Italie, par la formation d’un royaume italien qui tenait une partie des Alpe»et de la mer. Mais l’empereur, avant d’accepter à Rastadt, en 1714, le traité d’Utrecht,