CHAPITRE XVIII
La question de suzeraineté dans la Toscane était encore pendante. Un événement bien éloigné, l’élection d’un roi de Polçgne, ne permit pas qu’elle reçût une solution aussi pacifique. Le cardinal Fleury, ministre de Louis XV, jeté, par l’échec de son candidat, dans une guerre presque européenne, résolut d’en profiter pour soulever Italie contre l’Autriche. Selon la coutume, il fit briller à ses yeux l’indépendance. L’ambition d’Élisabeth et de don Carlos ne laissait pas de doute sur la coopération de l’Espagne. Le pape était mécontent, on pouvait compter sur son assentiment, il fallait entraîner le roi de Sardaigne; la chose ne fut pas difficile. Deux ans auparavant, ce royaume avait changé de souverain. Victor-Amédée Ier, soit par mécompte politique, soit par faiblesse domestique, avait abdiqué en faveur de son fils Charles-Emmanuel Ier. Le jeune souverain était ambitieux ; il l’avait prouvé à son propre père en le forçant assez rudement à rentrer dans sa retraite, dont il avait voulu sortir. fl fut convenu entre les alliés que don Carlos échangerait Parme et la Toscane, laissées à son frère Philippe, contre les Deux Siciles, dont il serait investi lui-même aux dépens de l’Autriche ; et que le roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel l", s’agrandirait du Milanais en abandonnant la Savoie à la France. La péninsule, débarrassée des Autrichiens, recouvrerait une sorte d’indépendance sous des princes étrangers, mais libres. La coopération de Venise et de Gènes n’eût pas été de trop pour atteindre ce but ; mais on ne pouvait rien demander à la première, qui ne cherchait plus qu’à se faire oublier; à la seconde, occupée à maintenir les Corses.
Au commencement de l’année 1733, on résolut d’agir sans elles; au nord, Villars et Charles-Emmanuel envahirent le Milanais et s’en emparèrent promptement sur Daun, pris à l’improviste, et bientôt obligé de se concentrer dans Mantoue pour y attendre des renforts. Au midi, don Carlos, après avoir chassé le ducdeModène de ses domaines, se jeta, à travers les États de l’Église, sur le royaume de Naples. Le vice-roi impérial, Jules de Visconti, laissé sans secours, ne put résister. La marche de don Carlos ne fut qu’un triomphe. Les Napolitains, heureux d’avoir au moins un roi à
L’ITALIE AU XVIIIe SIÈCLE.
eux, bien qu’étranger, coururent avec enthousiasme audevant de don Carlos, lui ouvrirent leurs villes les unes après les autres, et le proclamèrent solennellement roi des Deux- Siciles le 10 mai. Capoue et Gaëte, où le vice-roi voulait se défendre, capitulèrent elles-mêmes assez promptement. De Naples, l’année suivante, don Carlos, à la tête d’une Hotte considérable, fit voile vers Palerme, et y fut couronné avec la même facilité et la même allégresse, tandis que le gouverneur prince Lobkowitz, capitulait dans les citadelles de Messine et de Trapani (1734).
Maître du midi, don Carlos revenait déjà sur les présides pour rejoindre ses alliés et en finir avec la domination allemande en Italie. Mais les Autrichiens, renforcés de nouvelles troupes, avaient pendant ce temps repoussé deux fois le général français et le roi de Sardaigne à Parme et à Guastalla. Charles-Emmanuel, craignant d’être enfermé entre les Bourbons d’Italie et ceux de France, ne prêtait plus aux successeurs de Villars qu’un appui équivoque, et traitait même en dessous main avec la maison d’Autriche. Enfin, malgré les promesses faites par Louis XV, l’indépendance italienne n’était pas le but de la guerre; le cardinal Fleury, qui ne voulait point s’imposer de longs sacrifices pour donner le Milanais à Charles-Emmanuel, diminua promptemeut ses prétentions en Italie quand il fut certain d’obtenir quelque chose pour la France. Le traité de Vienne, qui ne parut guère, dans la péninsule, en rapport avec les succès de la guerre, ne consacra rien moins que l’indépendance italienne (1735).
L’empereur d’Allemagne laissa à don Carlos le royaume des Deux-Siciles avec les présides de Toscane; mais il conserva le Milanais et échangea les villes de Novare et de Tortone, cédées à Charles-Emmanuel contre cèlles de Parme et de Plaisance, au mépris des réclamations de Clément XII. La succession des Médicis, au grand étonnement des Toscans, fut adjugée au duc François-Étienne de Lorraine, gendre de l’empereur Charles VI, en échange de son duché héréditaire qu’il abandonnait à Stanislas Leckzinski, ex-roi de Pologne, et, après la mort de celui-ci, à la France. Ainsi