‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 26 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

édifice politique et civil de l’empire. Il rétablit toutes les anciennes dignités, et les confia à des Romains; il fit préfet du prétoire, Libérius, qui avait défendu contre lui Césène, tant qu’il avait espéré pour Odoacre ; il confia la questure à Eugène, le gouvernement du midi de l’Italie au magistrat Cassiodore, et prit pour secrétaire le fils de celui-ci, qui rédigea en style pompeux les missives et les ordonnances du barbare. Les charges de patrice, de vicaire, de questeur, de maître des offices , le trésor public et privé , tous les ressorts de l’administration romaine et la plupart des impôts, furent maintenus dans leur intégrité. A Rome, le consulat, le sénat furent rétablis, quoique tenus dans la môme nullité politique qu’auparavant. L’organisation municipale fut conservée.

Arien , Théodoric respecta cependant le culte des 1 taliens ,‘ il admit môme dans sa faveur Épiphane, de Pavie, Laurent, de Milan, et envoya une fois, au premier, une somme d’argent considérable , pour racheter des captifs qui avaient été faits par les Burgondes sur son diocèse. Sous lui , l’évêque de Rome vit plutôt augmenter que décroître sa puissance. Il devint auprès du roi l’intermédiaire du clergé catholique, non-seulement de l’Italie, mais des autres pays où Théodoric étendit bientôt son influence, et il obtint môme de lui la levée de l’interdiction portée par Odoacre contre l’élection du pape , sans la permission du souverain temporel. Grâce à ce bon accord , les immunités de l’Église furent conservées; mais les clercs restèrent soumis en général à la juridiction séculière; et les juifs, protégés aussi, purent réparer leurs synagogues. Les lois sévères contre les païens et les sorciers furent seules strictement maintenues.

Désireux de rattacher son œuvre au passé , Théodoric demanda et obtint d’Anastase les insignes impériaux dédaigneusement renvoyés à Constantinople par Odoacre. Il prit la pourpre, l’habit romain, la chlamyde, la chaussure peinte, et fit adopter le costume romain à ses principaux officiers, pour entraîner le reste de la nation. Afin de ne point paraître entrer en rivalité avec l’empire d’Oricnt , il se contenta du titre de roi, et consentit à soumettre chaque année, à la

confirmation de la cour de Constantinople, l’élection du consul impuissant de Rome; mais il eut soin de concentrer, entre ses mains et dans celles de sa nation , toute l’autorité politique et la force militaire. 11 était le premier magistrat des Romains comme le premier chef de l’armée barbare. Il confirmait, dans les villes, l’élection des curateurs et des défenseurs; il nommait lui-même , dans les provinces et dans les cités , les comtes goths et quelquefois romains , qui joignaient un véritable pouvoir civil à leur commandement militaire; enfin il distribuait, dans les différentes garnisons de l’Italie et les postes des frontières, la vaillante armée qu'il avait dotée d’une si riche conquête.

Sous lui , l’Italie parut partagée en deux peuples : l’un de Goths adonnés au métier des armes, l’autre de Romains voués à l’exercice des magistratures civiles et aux pacifiques occupations. Les conquérants cantonnés dans leurs fiefs militaires, entretinrent leur goût pour les exercices des armes, par exemple aux jeux de l’école militaire de Ravenne ; et ils tinrent soigneusement leurs enfants éloignés des lieux où l’on enseignait les lettres et les arts, comme s’ils ne voulaient pas que leurs fils apprissent à trembler sous la férule d’un Romain. Les anciens habitants, au contraire, depuis longtemps déshabitués de la vie du soldat, continuèrent à fréquenter leurs écoles , et ne songèrent qu’à remplir les fonctions administratives et civiles. Cette séparation, cependant, ne fut point un effet de la volonté de Théodoric, qui aurait ainsi assigné à chacune des deux nations sa part dans la vie publique. Loin de là, le roi accueillit avec faveur, dans son armée, quelques comtes romains, entre autres Servatus, Cyprien, Àssius et Julien. Au contraire, il fit donner une éducation toute romaine à sa fille Amalasonthe, à son neveu Théodat; il fit entrer quelques-uns de ses barbares dans le sénat et les essaya aux charges civiles; mais il ne réussit pas à fondre des mœurs et des coutumes profondément dissemblables , à secouer le relâchement des Romains et à arracher les Goths à leur rudesse barbare.

11 fallait à deux peuples si divers, des tribunaux et des juges différents. Les Romains conservèrent leurs anciennes

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