CHAPITRE XVIII
des Autrichiens retranchés sur le Mincio. Devant ce déploiement de forces , don Philippe , Maillebois et Gages avec des troupes décimées par la maladie et l’indiscipline se perdirent par leurs discordes. Maillebois voulait reculer sous la place de Gènes pour s’y rétablir; le conseil d Espagne s’y opposa; on fut obligé avec trente mille hommes de livrer bataille à quarante-cinq mille Autrichiens à Plaisance. Les Franco-Espagnols furent complètement battus , perdirent douze mille hommes tués ou pris , et sans s’arrêter repassèrent le Var (1746). Gènes elle-même , effrayée du compte qu’on allait lui demander , oublia que la ville*était imprenable et ouvrit ses portes en stipulant à peine des conditions.
Tandis que les vainqueurs poursuivaient les Français au delà du Yar, l’Italie , au lieu d’être délivrée des Autrichiens, faillit encore payer les frais de la guerre par la chute d’une de ses républiques. Les Autrichiens avaient imposé Gènes à cinquante millions, pillé sa banque, dévasté ses palais. Le doge, le sénat, le grand et le petit conseils des nobles pliaient sous le bâton autrichien tandis qu’on s’emparait déjà des deux rivières. Mais à la suite d’une rixe entre des enfants et quelques caporaux de l’armée d’occupation, le quartier populeux de Portoria se souleva tout entier, et l’émeute se répandit dans toute la ville. Le doge, les collèges des nobles essayèrent en vain d’intervenir : femmes , enfants , vieillards, laïques, prêtres, se mirent de la partie au son des coups rapides et fiévreux du tocsin. Les Autrichiens retranchés dans les trois rues de Y Aqua ver de furent massacrés; un mortier, transporté à bras d’hommes sur une hauteur qui paraissait inaccessible, plongea sur les Autrichiens réunis dans la place Doria; le cordonnier Bava, le valet d’auberge Jean Carbone conduisaient le peuple à l’attaque. En cinq jours la ville fut reprise , et Jean Carbone alla remettre les clefs des portes au doge en le priant de les mieux garder.
Tout l'effort de la guerre se concentra sur Gènes (1747); les Autrichiens qui avaient paÿsé le Yar rétrogradèrent, et bloquèrent la ville avec une flotte anglaise. Louis XV envoya au secours de la république des officiers français, puis le duc de Boufffers. Les intrépides Génois, avec leurs barques, se
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jouèrent des vaisseaux anglais sur cette mer, qui n’avait pas de secret pour ses enfants. Boufllers se multiplia sur les fortifications; il mourut de fatigue, et fut encore bien remplacé par le duc de Richelieu. Cette résistance héroïque, qui fit honneur à toute l’Italie, persuada à Marie-Thérèse que c’était assez de garder le Milanais. Le traité d’Aix-la- Chapelle, en 1748, termina la guerre de la succession d’ Autriche en Italie.
Don Carlos fut confirmé dans la Sicile, François de Lorraine, empereur et époux de Marie-Thérèse , dans la Toscane, mais à la condition que le duché ne serait point uni à l’Autriche, et qu’un archiduc indépendant en serait bientôt investi. Marie-Thérèse garda le Milanais en cédant à Charles- Emmanuel le haut Novarais et Vigevano, et à don Philippe Parme, Plaisance et Guastalla. L’héroïque Gènes garda Finale. Huit années de guerre ne furent donc pas entièrement inutiles : le roi de Sardaigne, qui comparait l’Italie à un artichaut qu’il saurait manger feuille à feuille , s’agrandit encore; un duché indépendant fut reconstitué; une dynastie de Bourbons, adversaire naturelle de l’Autriche, s’aflfermit au midi ; une sorte d’indépendance fut garantie à la Toscane. L’Italie devait ces améliorations à la politique indépendante, quoique égoïste, du roi de Sardaigne; à l’initiative de ses nouveaux souverains de la maison de Bourbon, à l’héroïsme de Gènes autant qu’à l’appui de la France et de l’Espagne. Évidemment c’était beaucoup pour elle, au milieu des convulsions de la première moitié du xvui* siècle, d’être sortie du tombeau de la monarchie espagnole, et d’avoir gagné des souverains à elle, bien que étrangers et imposés par l’étranger. Le premier résultat de ces changements pour la péninsule fut un commencement de régénération dont elle avait grand besoin.
État de l'Italie an commencement du ivm1 siècles enaal* de régénération fultw par «|iicl<(nc.« prince».
L’état dans lequel était l’Italie au sortir des mains agonisantes de la dynastie de Charles-Quint avait vivement impressionné ses nouveaux souverains. 11 montrait ce que peut