CHAPITRE WHI
palais de Caserte, élevé par l’architecte Vanvitelli avec les débris de Capoue et de Pouzzoles, deux autres à Capo-di- Monte et à Portici, le théâtre de Saint-Charles, le plus vaste du monde, et l’hospice des pauvres (l’Albergo), étaient déjà les signes extérieurs d'une incontestable renaissance.
Dans le duché de Parme et Plaisance, un certain Dutillot, Français d’origine, rendit a don Philippe les mêmes services que Tanucci au roi Charles. Sous son administration de nouvelles routes furent percées , l’industrie se raviva dans un pays qui avait tant souffert de la guerre. Bien plus, Parme devint a cette époque comme l’Athènes de l’Italie, grâce aux soins éclairés du théologien Contoni et du capucin Turchi. Les règlements de l’Université furent revus par le théatin Paciaudi, une académie des beaux-arts, une bibliothèque, créées, et non-seulement des génies nationaux comme le poète Parini , le savant Rossi , Bodoni , célèbre éditeur, mais des étrangers, le philosophe Condillac et l’historien Miilot, vinrent faire honneur à cette brillante et libérale hospitalité.
Les rois intelligents et nationaux de la maison de Savoie ne pouvaient rester en arrière. Victor-Amédée Pr, qui finit si malheureusement, avait assuré le pays contre les entreprises du dehors au moyen de forteresses et de levées de troupes, rédigé un code pour toute la monarchie avec le concours de Corsignani, arraché l’enseignement aux jésuites et rétabli l’université laïque. Son successeur Charles-Emmanuel Pr, dont l’éducation avait été assez négligée, annonça l’intention d’imiter son père, grâce aux conseils du marquis d’Ormia.
Les étrangers eux-mêmes cédèrent au besoin de relever l’Italie. François I", comme duc de Toscane, avait envoyé dans ce pays le comte de Richenc"urt pour réparer avec les sénateurs llucellaï et Pompée Neri, les désordres des dernieis Médi is; comme empereur, à Milan, il fit reprendre ces travaux hydrauliques dont la suspension est pour la Lombardie une menace de mort.
Le saint-siège, malgré l’impuissance à laquelle le condamnaient les souverains catholiques maîtres de l ltalie , suivit
l’italie au xvnr siècle. 471
l’exemple général. Clément XI essaya de relever le gouvernement ecclésiastique de la condamnation déjà portée contre lui au siècle précédent; il chercha à ranimer l’agriculture et l’industrie. Lui et ses successeurs réussirent mieux cependant en consacrant leurs soins au développement des lettres et des arts. Clément XI enrichit prodigieusement la bibliothèque du Vatican, par l’acquisition des manuscrits orientaux d’Abraham Ecchelensis, et de la bibliothèque particulière de Pie VII ; il n’oublia pas même la collection d’an- . tiques du Capitole. Son successeur, l’aimable et doux Benoit XIV rendit les relations du saint-siège plus faciles avec les États italiens, pour pouvoir se livrer sans embarras à ses goûts délicats et relevés. Quatre académies pour les antiquités romaine et chrétienne, l’histoire ecclésiastique et le droit canonique furent fondées à Home ; des chaires de chimie et de mathématique au collège de la Sapience, une de peinture et une de sculpture au Capitole. La bibliothèque Ottobuoni enrichit celle du Vatican. Rome vit presque renaître le temps de Léon X avec plus de décence et de sérieux, moins d opulence et d’éclat, mais sans les ambitieux projets de la souveraineté temporelle. Tout eût été digne de louange si la position politique du saint-siège n’eût imposé aux papes d’autres devoirs peut-être vis-à-vis de l'Italie et de leurs propres États.
Au milieu du xvur siècle déjà les travaux de l’esprit témoignaient d’une sorte de renaissance italienne. Au plus fort de la lutte dont l’Italie avait été le théâtre, J. B. Vico, dans sa Science nouvelle , cherchait les lois historiques du développement de l’humanité; et le sentiment des tristes retours de son pays de la liberté à la servitude, l’empêcha 1 peut-être de briser le cercle infranchissable dans lequel il enferma l'histoire. Giannone avait déjà publié Y Histoire civile du royaume de Naples; Muratori laissait un véritable monument d’érudition pour l’histoire de toute la péninsule; Fabroni commençait à écrire ses Vies des Italiens illustres , qui ne manquent ni de science ni de goût; Denina animait d’une pensée philosophique ses Révolutions , et un jésuite, libre penséur, Bettinelli, correspondant de Voltaire, allait jusqu’à écrire sur le passé de son pays un livre intitulé Ré-