CHAPITRE XVII l
surrection de l'Italie. La péninsule semblait par l’histoire reprendre conscience d’elle-même.
Dans les lettres proprement dites, les deux plus célèbres poètes lyrique et dramatique du temps, Frugoni et Métastase, avaient encore souvent l’afféterie, la redondance du siècle précédent; Frugoni, directeur des plaisirs de la cour de Parme , épuisait sa veine dans les poésies de circonstance ; Métastase, pensionné par la cour de Vienne, ne sortait pas * du genre de l’opéra. Cependant le premier avait parfois, dans le vers sciolto surtout, un mouvement, un coloris qui eussent produit quelque chose de durable s’il avait rencontré de grands sujets; et Métastase savait varier le plaisir chéri des Italiens avec une richesse d’invention et d’harmonie qu’atteignait seule la musique de Pergolèse. Enfin , Algarotti dans ses Essais sur des sujets graves , Apostolo Zeno dans ses tragédies historiques imitées de Racine, Mafféi dans ses travaux critiques et dans sa tragédie de Mérope montrèrent de loin un but plus élevé et plus sérieux.
InOuence du Jansénisme et de la philosophie française; Léopold l<f| Tanuccl ; Firmlan; Charles-Emmanuel (ffiO> « 300).
L’avénement de nouveaux princes, la paix de quarante ans dont jouit l’Italie favorisèrent pendant la seconde moitié du xvme siècle cette régénération de la péninsule qui suivit la chute de la domination espagnole.
En 1759, Charles de Naples, en devenant roi d’Espagne par la mort de son père, laissa sa première couronne à Ferdinand IV, son second fils qui, encore jeune, resta sous la tutelle de Tanucci. Après la mort de don Philippe de Parme (1765), » Dutillot conserva aussi l’autorité sous Ferdinand , encore mineur. Les deux ministres réformateurs furent plus puissants que jamais. Dans la Toscane, la même année, le jeune Pierre -Léopold Ier, investi du grand-duché par son père François, était un prince pénétré de l’amour du bien et plein de volonté pour l’accomplir.
A la faveur du pacte de famille conclu (1761) entre tous les Bourbons de France, d’Espagne et d’Italie, la péninsule s’ouvrit tout entière aux idées françaises. Là où l’inquisition i
L1TALIE AU XVIIIe SIÈCLE.
romaine et espagnole avait régné si longtemps , pénétrèrent tout h coup et en même temps, avec la littérature, le jansénisme du xvii' siècle et la philosophie du xviir. Rien n’était plus menaçant pour l’Italie , qui s était conservée encore tout ecclésiastique et féodale sous la domination espagnole. Tout imprégnées de l’esprit français, les nouvelles cours ne se contentèrent pas de favoriser la propagation des idées venues du pays qui en défrayait alors toute l’Europe ; sous leur inspiration ces princes tentèrent des réformes destinées à changer, à renouveler complètement la péninsule.
En Toscane, sous le nouveau grand-duc Léopold, qui faisait réimprimer sous la date de Londres, les livres italiens mis à l’index, et qui régénéra les universités de Pise et de Sienne, l’administration publique, la justice, l’agriculture et le commerce, furent l’objet de soins attentifs. Les magistratures inutiles, les juridictions particulières, les tribunaux privilégiés disparurent. Les lois devinrent uniformes pour tout le duché ; Joseph Vernaccini et Michel Ciani se chargèrent de rédiger un code que continua plus tard Lampridi. Des temps plus agités ne permirent pas de l’achever ; mais l’abolition de la peine de mort, la publicité de la procédure, l’impartialité de la justice, la régularité des formes- judiciaires devaient en être les premiers fondements. L’unité des taxes, l’abaissement des douanes particulières, la restriction des fidéicommis, l’autorisation d’enclore les propriétés, l’abolition de plusieurs monopoles sur le tabac , l’eau-de-vie , le fer, etc., opérèrent une révolution complète. Dans l’agriculture et le commerce, les marchandises recommencèrent à circuler, l’importation et l’exportation presque suspendues reprirent. On n’eut plus assez des terrains cultivables ; le val de Nievole et celui de Chiana, une grande partie de la capitainerie de Pietra-Santa , qui étaient insalubres, furent desséchés et peuplés par des étrangers venus principalement de la Romagne. Ximenès et Fantoni , mathématiciens célèbres, très-versés dans la science de l’hydraulique, s’occupèrent du dessèchement des maremmes, et. vainquirent la nature au moins dans celle de Sienne. Une augmentation considérable de revenus permit à Léopold d’élever des hos-