CHAPITRE XVIII
pices et des lazarets. Sûr de lui-même, le prince réformateur ne craignit pas de publier bientôt le compte rendu de son administration et de l’emploi des revenus publics.
Il y avait plus à faire encore dans le royaume de Naples. Tanucci réhabilita Giannone, frappé d’une sentence d’exil, et favorisa, dans la capitale, l’enseignement libéral du droit sous la direction de Gaetano Argento. Le ministre ne pouvait songer de suite à détruire la constitution féodale. 11 restreignit au moins les privilèges des barons, et leur enleva entre autres le droit de justice; plus courageux contre la puissance ecclésiastique qui s’appuyait sur un personnel de plus de cent cinquante mille prêtres de tout ordre , c’est-àdire sur le vingtième à peu près de la population , il abolit les dîmes ecclésiastiques, arrêta l’envahissement des biens de mainmorte , restreignit la juridiction ecclésiastique, et soumit les bulles du saint-siège à la sanction royale.
À Parme et à Plaisance, Millot et Mably écrivaient pour le jeune Ferdinand le Cours d’histoire universelle et les Discours sur T étude de l’histoire , et lui enseignaient à savoir limiter son autorité et à respecter les droits des peuples. En attendant qu’il pût appliquer ces maximes, Dutillot, toutpuissant, augmenta les revenus de l’infant de quinze cent mille livres, limita les privilèges de mainmorte et les appels en cour de Rome , et refusa le tribut réclamé par le saintsiège pour l’investiture.
Dans le Milanais, le gouverneur Firmian, qui protégeait le naturaliste Vallisnieri et le comte philosophe Verri contre les préjugés populaires , fit dresser un tarif uniforme pour les monnaies et un cadastre pour une juste assiette de l’impôt; il embellit Milan, réunit cette ville par un canal au Tessin et à l’Adda , et dégagea de ses entraves le commerce des grains. La province qui ne comptait en 1749 que neuf cent mille habitants en avait onze cent trente mille en 1770. Joseph II, dans une visite en Lombardie en 1769, se montra animé d'un esprit plus libéral encore. 11 créa une magistrature suprême , la Camerale , où siégèrent les jurisconsultes Carli , Beccaria et Pierre Verri , un mont pour consolider la dette publique et une chambre des comptes pour vérifier
L’ITALIE AU XVIIIe SIÈCLE. * 475
les dépenses et les recettes. Il acheva de restaurer la grande université de Pavie, où brillèrent bientôt les eélèbres Spal» lanzani. Tissot, Frank, Brambilla dans les sciences naturelles, Nani dans le droit et Volta dans la physique. *
Le roi de Sardaigne, Charles- Emmanuel 1", porta dans l’administration cet esprit qui lui faisait protéger contre là censure les Révolutions d' Italie de Denina. Il réforma les monnaies, attaqua les restes de l’influence féodale et ecclésiastique, et fit publier le Coder cnrolinvs, pour ramener toutes ses provinces à l’unité de législation. Dans l’ile de Sardaigne particulièrement, son ministre, le comte Jean-Baptiste Bogino, abolit les privilèges établis par l’Espagne, encouragea l’agriculture, repeupla quelques parties désertes , fit disparaître les vengeances héréditaires de famille et fonda les deux universités île C «gliari et de Sassari.
Le génie italien qui ne fait pas défaut aux époques les plus stériles ne manqua pas de répondre à tant d’encouragements ; il apporta son continrent dans ce siècle de sciences pratiques et positives. Galvani de Bologne et Volta de Côme, à force d’essais et d’expériences sur l’électricité, firent faire un pas immense à la physique. \ l’exemple des Français, les Italiens portèrent tous leurs efl'orts sur les problèmes de philosophie et d’économie sociale. Plusieurs d’entre eux atteignirent d’un bond le premier rang : Genovesi à Naples, posa le principe de la libre circulation des produits et réforma quelques préjugés en agriculture ; l’abbé Galiani de Foggia étudia avec succès le crédit public. Deux hommes surtout firent une véritable révolution. En face de l’inquisition et de tribunaux où sévissaient l’arbitraire et le caprice sous le nom de justice, Beccaria dans son petit livre Des délits et des peines , distingua le législateur du juge, a côté du juge demanda le jury, humanisa la procédure et po-a les limites du droit de punir. Dans le pays des traditions et des ruines historiques, Filangieri de Naples, dans sa Science de la législation , rechercha et rencontra heureusement quelquefois les principes absolus des meilleures lois politiques, civiles et économiques.
Si la littérature n’atteignit point la même hauteur, elle ne