‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 256 sur 347 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

fit point entièrement défaut. Au moment où le consciencieux Tiraboschi, dans son Histoire littéraire, rappelait à la mémoire de ses contemporains tout ce que l’Italie avait produit de chefs-d’œuvre , où Fabroni faisait la biographie de ses hommes célèbres , deux hommes mirent le pied sur un terrain où l’Italie ne s’était encore aventurée que sur les pas des anciens. Goldoni porta la Commedia delV arte des tréteaux sur le théâtre, arracha le dialogue à l’improvisation des acteurs, débarbouilla ses personnages, et chercha à peindre la société italienne ; Gozzi , tout en voulant conserver le type original et la gaieté bouffonne des masques italiens, changea leur caractère : il les jeta dans un monde d’aventures romanesques, d’enchantements, de féerie, et trouva ainsi le genre nouveau de la tragi-comédie.

Venise, Cènes, Rome en dehors du mouvement; Clément XIII;

Hcnolt XIV; abolition des jésuites (1300-1114).

Chose étonnante ! les plus anciens États de l’Italie , ceux qui avaient encore conservé une ombre d’indépendance, sur qui l’étranger n’avait pas mis la main , ne parurent guère participer à cette renaissance politique et morale. Il est inutile de parler des ducs de Modène, François III et Hercule-Renaud, qui méritent à peine d’être cités ; de la république de Lucques , qui, à la fin du siècle, ne comptait pas plus de quatre-vingt-huit familles originaires sur son livre d’or, et était encore gouvernée par des juges étrangers, ou par la censure antique du Discolat, sorte d’inquisition demipolitique et demi -religieuse. Mais Venise, Gènes, le saintsiège , restèrent à peu près dans l’engourdissement du siècle précédent.

Depuis que la paix de Passarowitz avait réduit la reine de l’Adriatique à ce qu’elle devait conserver jusqu’à sa chute, c’est-à-dire en Italie , au territoire borné par l’Adda , dans l’Adriatique à l’Istrie , la Dalmatie et une partie de l'Albanie ; dans la mer Ionienne, à Corfou, Céphalonie, Théaki, Zante, les Strophades et Cérigo , le gouvernement n’avait d’autre souci que de conserver à tout prix la paix au dedans et au dehors. L’antiquité de la constitution, l’œil des observateurs.

l.’lTALIE AU XVIIIe SIÈCLE. 477

la liberté et la facilité des plaisirs assuraient la paix intérieure. Deux tentatives faites en 17G1 et en 1775 par les patriciens pauvres appelés Barnabiles pour changer ou corriger la constitution, ne réussirent point. Une politique extérieure d’égoïsme et d’isolement, pleine de corruption et de faux-fuyants, qui faisait monter la dette publique jusqu’à deux cents millions, et laissait les cadres de l’armée vides et les chantiers de marine déserts , assura aussi à la république la paix au dehors , mais en sacrifiant l’avenir au doux loisir de l’heure présente.

La décadence netait pas égale dans la ville de Gènes , il s’en faut de beaucoup. La constitution , bien que favorable à la noblesse, ouvrait cependant le livre d’or à la bourgeoisie, et était loin de comprimer dans le peuple tout élan comme on l’a vu en 1747. Gènes laissa cependant échapper de ses mains l’ile de Corse qu’elle possédait depuis près de six siècles. Les habitants de l’ile avaient profité des malheurs des Génois, assiégés par l’Autriche, pour se révolter, et la république épuisée n’avait pu les contenir qu’en faisant occuper quelques points de l’île par des garnisons françaises. Les Corses indignés résolurent de se rendre tout à fait indépendants; ils constituèrent un gouvernement et prirent pour chef Pascal Paoli , homme de tête et de cœur. Leur premier acte d’hostilité fut dirigé contre ceux dont ils avaient secoué le joug ; ils s’emparèrent sur eux de l’île de Capraia. Gènes s’adressa encore à la France, qui cette fois marchanda ses secours ; et la république pour se venger de ses anciens sujets et recouvrer Capraia, consentit à céder en toute propriété à Louis XY une conquête qui lui avait coûté tant d’efforts au moyen âge et qui attestait son ancienne gloire (1768). L’année suivante, le lieutenant général de Vaux battit et chassa Paoli, occupa toute la Corse en exécution du traité , et détacha de la péninsule italique une île qui lui servait de boulevard et de point de relâchement dans la Méditerranée occidentale. Napoléon y vit le jour à ce moment, tout juste à temps pour être né Français (15 août 1769).

Le saint-siège ne fut pas seulement étranger aux innovations du temps, il y devint hostile. L’esprit de réforme qui

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