CHAPITRE XVIII
s’attaquait à Naples, à Florence, à Milan aux institutions du moyen âge, n’épargnait pas la constitution du clergé. Effrayé de cette tendance , le conclave donna pour successeur au pacifique Benoit XIV, le courageux Vénitien Clément XIII, en 1758. Mais le grand-duc Léopold, l’empereur Joseph II, méditaient des projets bien autrement redoutables pour l’Église. Clément XIII , qui avait pris la tiare avec la résolution de ne point reculer, vit battre en brèche la forteresse avancée du saint-siège , l’ordre des jésuites. II ne put les défendre même en Italie; Tanucci et Dutillot, malgré ses exhortations et ses prières (en 1768), jetèrent sans façon les jésuites sur le territoire pontifical absolument comme avaient fait les ministres de France, d'Espagne et de Portugal, Choiseul, d’Àranda et Pombal. Clément XIII se roidit quand il vit le duc de Parme , vassal émancipé du saint-siège , imposer les ecclésiastiques de son duché , et interdire au pape de donner les bénéfices à d’autres qu’à des indigènes. Il réclama fièrement , comme pape et comme suzerain ; déclara ces actes téméraires et lança l’excommunication contre tous ceux qui y avaient participé.
Cette revendication hardie d’un pouvoir déchu prouva au saint-siège que les temps étaient bien changés. Ferdinand protesta au nom de son indépendance et trouva un vigoureux appui. Choiseul, Tanucci, pour réduire le saint-siège, firent saisir Avignon, Bénévent, Pontecorvo. Le duc de Parme fit un pas de plus et abolit l’inquisition dans ses États; les plus faibles s’enhardirent de l’impuissance du saint-père. La république de Venise se rallia aux réformes; elle interdit les donations d’immeubles au clergé et mit des entraves aux vœux monastiques. François III de Modène luimême sortit de son obscurité pour prendre part à la campagne; il abolit quelques immunités ecclésiastiques; il aurait volontiers revendiqué Ferrare si l’on ne l’avait arrêté. Le pape au milieu de ces agitations mourut de douleur en 1769. L’intluence des princes , les dangers de la résistance, l’esprit du temps obtinrent du conclave l’exahation du pacifique et doux Laurent Ganganelli, qui prit le nom de Clément XIV.
Le nouveau pape, nourri de la méditation de l’Ecriture
L’iTALIB AU XVIIIe SIÈCLE.
sainte , était l’homme de la paix et de l’union ; tout en lui était harmonie ; il ne fit point lire au commencement de son pontificat la bulle in cœ/ia Domini , et suspendit le moratoire lancé contre le duc de Parme. Il accomplit à l’amiable et sans bruit, de concert avec le roi, dans la Sardaigne, une partie des réformes nécessaires que les souverains temporels avaient faites avec éclat; une fois seulement il résista au gouvernement vénitien, qui après avoir longtemps hésité, procédait maintenant dans cette voie avec précipitation et hauteur. Ce qu’on voulait surtout obtenir du saint-siège, l’abolition des jésuites, il l’accorda, mais avec dignité cependant et a son heure. Une commission fut chargée de fouiller les archives de la propagande , de peser le pour et le contre et de donner son avis. Enfin le 21 juillet 1773: « Inspiré, dit-il, par le saint Esprit, et obéissant au devoir de ramener l’union dans l'Église, Clément XIV abolit et détruisit 1 ordre des jésuites , ses fonctions , ses maisons , ses instituts;» et le saint-siège sous le plus modéré et le plus tolérant des papes fut atteint dans ses plus ambitieuses prétentions.
Défaut» de la régénération Italienne } Joptcpli il ; Verdi» nanti IV} Victor- Aroédée II) Die VI (llIt-llSH;.
La direction politique des affaires de l’Italie passa entre les mains de l’Autriche sans rien changer â la marche des choses. Un archiduc, Ferdinand, en épousant l’héritière du duché de Mod.ne, commença une nouvelle dynastie autrichienne dans la péninsule. Une fille de Marie-Thér« se, Marie*. Amélie, épouse de l’infant de Parme, Ferdinand, éloigna le Français Uutillot pour faire place, en 1773, à l.lano, dont la faveur ne dura pas non plus. A Naples, en 1776, la nouvelle épouse du roi, Caroline, autre fille de Marie -Thérèse, lorsqu’elle eut donné un fils au roi et fut entrée dans le conseil, remplaça Tanucci par le marquis de la Sambucca et le chevalier écossais Acton, qui arrachèrent la Sicile au pacte de famille récemment conclu parles Bourbons L’empereur Joseph II, maitre sans contrôle apres la mort de sa mère, tint la péninsule dans sa main.