CHAPITRE XVIII
L’Italie, loin d’être arrêtée par ces nouveaux changements, fut comme précipitée dans la voie où elle était déjà engagée.
11 y avait quelque chose de plus fort que la politique, et qui l’entraînait, c’était l’irrésistible courant des idées françaises.
II faut le dire cependant, les maîtres de l’Italie firent parfois *■ un choix arbitraire de ces principes, et les appliquèrent souvent avec précipitation et sans mesure. Ils adoptèrent moins ce qui était utile à leurs peuples que ce qui était favorable à leur pouvoir. Ils eurent plus à cœur de réformer les institutions ecclésiastiques que de réformer les institutions politiques; ils travaillèrent moins à la prospérité morale et matérielle de leurs États qu’au triomphe de leurs opinions philosophiques et jansénistes. En déclamant contre le despotisme clérical, ils ne songèrent souvent qu’à affermir le leur. Ils sévirent .contre les abus de l’Église, abolis à leur profit, et ils épargnèrent les défauts ou les abus de leur propre gouvernement.
Dans un pays où la société reposait surtout sur l’intime alliance de l’Église et de l’État, il ne pouvait manquer cependant de se rencontrer quelque résistance. Après la mort subite et étrange de Clément XIV, Pie VI dut principalement son élection au contraste que présentaient son caractère et ses principes avec ceux de son prédécesseur. Homme éloquent, esprit positif, caractère résolu, celui-ci admettait quelques réformes, mais non pas celles qui étaient dirigées contre l’Église. II gémissait de la misère où l’absence d’industrie et de commerce, la ruine de l’agriculture, l’accroissement de la dette avaient jeté les États romains. C’était avec peine qu’il constatait que , sous le règne de Clément XIII, on avait commis douze mille meurtres, dont quatre mille dans la capitale. En même temps qu’il augmenta le musée Pio-Clementino et fit élever l’élégante sacristie de Saint- Pierre, il tenta quelques réformes dans l’administration; il s’occupa d’assainir les marais Pontins en faisant achever le canal Sisto. Mais il était résolu à s’opposer vivement aux réformes qui avaient l’Église pour objet, et que des souverains imbus des doctrines jansénistes et philosophiques poursuivaient justement avec le plus d’ardeur.