CHAPITRE
formes judiciaires, les Goths furent jugés par un comte goth. Seulement dans les procès entre Romains et Goths, le comte barbare s’adjoignait un magistrat italien pour juger l’affaire, précaution qui n’empêchait pas que les intérêts des Romains fussent souvent sacrifiés à ceux de leurs maîtres. Théodoric fit tous ses efforts pour effacer ces distinctions ; il rendit un édit qui dut servir de règle aux Goths et aux Romains, et qui tenta d’amener la fusion des mœurs par celle des lois; il abolit la coutume barbare des duels judiciaires, de la composition , des épreuves , et assujettit les Goths à maintes formes empruntées au code théodosien. Théodoric fit plus : par la plume élégante de son secrétaire, il invita à la concorde Goths et Romains : « Vous êtes rassemblés sous le même empire, leur dit-il; que vos cœurs soient unis ! Les Goths doivent aimer les Romains comme leurs voisins et leurs frères, et les Romains doivent chérir les Goths comme leurs défenseurs. »
l*ui»sanrc de Théodoric et prospérité de l’Italie; visite A Bonte (iOO); guerre en CSaulc (JOH); Dletrlch von Bern.
Pendant presque toute sa vie au moins, Théodoric voila par sa prudence et sa fermeté les défauts d’un état de choses auquel le temps seul pouvait porter remède. Il se fit luimême illusion au point de dire : le Romain imite le Goth, le Goth suit le Romain. Fort au moins de cet accord apparent, il prit une honorable place au milieu des rois barbares qui s’étaient partagé les provinces de l’empire d’Occident démembré; il exerça même sur eux, par ses alliances et par ses armes, une sorte de puissant arbitrage. Il obtint en mariage la main d’Audeflède, sœur du puissant roi des Francs Clovis; il donna lui-même sa sœur Amelafrède au roi des Vandales Trasamund, sa nièce Amalberge au roi des Thuringiens llermanfroy, sa fille Theudigotha au roi des Yisigoths Alaric JL, et Ostrogotha, son autre fille, à Sigismond, fils de Gundebaud roi des Burgondes. Les provinces de Norique, de Dalmatie et de Pannonie qui servaient de frontière à l’Italie, étaient toujours remuantes depuis que des barbares les avaient occupées en y détruisant tous les
vestiges de la domination romaine. Théodoric contint ces populations turbulentes; il battit et tua dans le Norique un roi des Ruges, qui avait été d’abord son allié. Il enleva la Pannonie au Gépide Trasaric, qu’appuyait indirectement l’empereur d’Orient Anaslase, et par ces victoires assura à l’Italie le rempart des Alpes et du Danube. Au delà même de ce fleuve, il protégea les Alamans contre les Francs ; au delà des Alpes , il profita des dissensions des Burgondes et de leurs guerres avec Clovis , pour s’emparer du passage des Alpes grecques.
Ainsi respecté, ou craint de tous ses voisins, qu’il surveillait de Vérone, sa ville de prédilection, Théodoric assura à l’Italie un repos dont elle n’avait pas joui depuis longtemps et dont elle profita pour relever ses ruines. Le dessèchement des marais Pontins et de ceux de Spolète s’accomplit sous le patronage du roi. Les côtes de l’Adriatique, depuis l’Istrie jusqu’à Ravenne, devinrent une nouvelle Campanie. Des ordonnances de Théodoric sur l’agriculture et l’exportation assurèrent la subsistance de l’Italie. Le cursus, ou la poste publique rétablie, raviva les relations en même temps qu’elle assura la prompte exécution des ordres royaux transmis par des messagers qui portaient le nom de sasons. L’affluence de la foire annuelle de Leucothoé ou de Saint-Cyprien en Lucanie montra la prospérité nouvelle de cette province qui avait failli devenir un désert. L’exploitation des mines de fer de la Dalmatie et d’une mine d’or du pays des Brutiens attesta une activité nouvelle.
La visite que Théodoric fit à Rome, en l’année 500, est l’image fidèle de toute sa conduite; il y fit son entrée, suivi des personnages illustres des deux nations gothique et romaine, et fut reçu par le savant Boëce, préfet de Rome, à la tête du sénat, et par le pape à la tête de son clergé. Au Capitole , il montra la plus grande déférence envers les sénateurs, qui lui votèrent une statue d’or. Il traita le peuple comme ce peuple voulait l’être : il lui fit distribuer deux cent mille mesures de farine , et constitua un fonds pour lui assurer des distributions annuelles. La population romaine crut avoir retrouvé son empereur, quand Théodoric présida aux combats