‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 261 sur 347 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

n’avaient point atteint ce qu’il fallait. « L’État pontifical , dit un panégyriste de Pie VI, était le plus mal administré de l’Europe après la Turquie.** Dans la Toscane une police inquisitoriale avait assez peu avantageusement remplacé la force armée. Dans l’armée sarde on se plaignait de voir les nobles seuls arriver au grade d’officier. Les premières tracasseries de l’administration autrichienne faisaient déjà regretter aux Lombards la perte de leurs libertés communales. La féodalité pesait encore sur les royaumes de Naples et de Sicile du poids de tous ses vieux abus. On y comptait mille trois cent quatre-vingt-quinze droits sur les choses et sur les personnes. Enfin, quoique les idées du xviir siècle eussent pénétré l’Italie et suscité quelques écrivains et quelques poètes sérieux, il n’y avait encore chez elle ni esprit public ni virilité politique. La péninsule était encore le pays aux quatre-vingt mille moines, la terre d’adoption des sigisbées et des bandits. Les gouvernements n’avaient pas renoncé à l’inquisition politique en renversant l’inquisition religieuse. On ne rencontrait plus l’élan démocratique des républiques des xme et xiv' siècles, ni la tyrannie brillante des aristocraties du xve et du xvie. Il y avait encore l’ancienne division , l’ancienne ruse , et le despotisme de plus. Au milieu de ces circonstances, les horribles tremblements de térre qui ensevelirent Messine, en février 1783, sous un monceau de décombres, et engloutirent dans la Calabre cent villages et trente mille habitants, apparurent aux imaginations italiennes comme le présage de funestes événements.

Un sentiment profond, vivace chez les Italiens, les empêchait de reconnaître même les meilleures intentions de leurs souverains. Ces princes réformateurs n’étaient pas nés des entrailles de l’Italie, ils avaient été imposés par l’étranger; à chaque génération il semblait qu’ils prissent soin, par de nouvelles alliances, de retremper leur sang étranger; leurs idées, leurs principes, comme leur origine, étaient ultramontains. Pour l’Italien, qui avait le sentiment vague d’un passé tout plein d’indépendance et de grandeur, les mieux intentionnés de ses souverains n’étaient que des po-

L’ ITALIE AU XVlir SIÈCLE.

destats, des tyrans; et l’Italie, à la fin du siècle, malgré les incontestables bienfaits qu’elle en avait reçus , saluait son poète tragique national, dans Alfieri, dans celui qui animait ses œuvres des souvenirs de la patrie indépendante et d’un sentiment d’austérité et de grandeur républicaines; elle l’entendait avec plaisir, en face du meilleur des princes, s’il n’avait été Autrichien et un peu janséniste, Léopold, stigmatiser le sceptre du septentrion, inexorable et dur qui pesait sur la langue môme :

Boréal scettro, inesorabile, duro.

« Italie! s’écriait-il, à quelle infâme servitude te voilà réduite pour n’avoir pas été à fond délivrée des Goths ! Ta langue elle-même a perdu son indépendance et sa pureté:»

IialiA! a quai ti mena infami strette Il non csser dai Goti appien disgombra !

Ti son le ignude voci anco interdette.

Page 1