CHAPITRE XIX
qui s’était bien fortifiée, malgré un événement récent, n’entretenait que quinze cents hommes. Le duché de Modène n’en avait pas davantage; Parme, à peine la moitié, et Lucques, deux cents. Les deux plus considérables États de l’Italie centrale, le saint-siège et la Toscane ne pouvaient pas mettre en ligne dix mille hommes. Dans la Lombardie, soumise à l’étranger, les jeunes gens fuyaient le recrutement. Le gouvernement autrichien , pour occuper les citadelles, n’avait pu rassembler que quatre mille hommes parmi les malfaiteurs ou les repris de justice. L’armée du roi de Naples même , qui montait à quatorze mille hommes , était fort mal recrutée, plus mal disciplinée encore. Celle du roi de Sardaigne, de vingt-cinq mille hommes, et mieux organisée, n’avait que des généraux et des officiers inhabiles et ignorants.
C’était aux princes à suppléer par l’habileté et la prudence de leur conduite à ce qui manquait à leurs peuples. En réalité , l’exemple de la révolution française devait être peu contagieux dans leurs États. Ils avaient satisfait par leurs reformes la partie éclairée de la nation , et n’avaient rien à craindre des masses, plutôt hostiles que favorables au mouvement français. En revenant sur les choses faites mal à propos, en portant leur attention sur ce qu’ils avaient négligé, en développant ce qu’ils avaient heureusement commencé, ils pouvaient être tranquilles chez eux, et traiter librement avec la révolution française, isolée en Europe et prête à faire des sacrifices pour avoir des alliés.
Malheureusement l’Autriche pesait sur la péninsule. Effrayés des conséquences que la révolution française tirait des principes qu’ils avaient eux-mêmes invoqués, les Habsbourgs , au lieu de mettre plus de mesure dans leur application , se retournèrent tout à coup contre ce qu’ils avaient fait, revinrent sur leurs réformes, bonnes ou mauvaises, et entraînèrent par leur exemple les autres souverains péninsulaires. A mesure que la révolution prit possession de la France, ils se groupèrent davantage autour de l’Autriche. Le grand-duc Léopold, devenu empereur en 1790, maria son second fils Ferdinand, à qui il laissa la Toscane, à Louise-Amélie,
l’italik républicalne.
tille du roi de Naples. Son aîné François, qui devait bientôt lui succéder à l’empire, donna sa fille Marie-Clémentine à 1 heritier présomptif du Bourbon napolitain, et épousa lui-même en secondes noceaMarie-Thérèse, une autre des filles de Ferdinand IV. Il n’y eut pas, en 1791 , jusqu’au petit duché de Massa qui ne passât entre les mains d’un autre archiduc, Ferdinand, devenu déjà duc de Modène par son mariage avec la dernière héritière de la maison d Lste. Tous ces piinces autrichiens parurent encore bien plus unis par la communauté des idées que par les liens du sang. Léopold démentit sou-v vent comme empereur ce qu’il avait fait comme grand-duc , les autres regardèrent le roi de Sardaigne, qui avait résisté a leur entrainement, comme le plus sage de tous, et ils 1 imitèrent, le surpassèrent même dans ses résistances, au risque de mécontenter ceux qu’ils avaient jusque-là flattés, et de tromper les espérances qu’ils avaient fait naître.
Des mouvements excités par quelques nobles et par les bourgeois dans la Savoie, à Turin, à Milan et à Naples, au lieu d avertir les princes, achevèrent de les effrayer. Ils se retournèrent avec impétuosité contre tout ce qu’ils avaient iusque-là favorisé, et un divorce funeste commença dans la nation. Les souverains cherchèrent leur appui dans la noblesse, entêtée des privilèges qu'ils avaient d’abord attaques, et dans la masse de la population , qu’ils avaient méprisée Dour son ignorance. La partie la plus généreuse et la plus éclairée de la noblesse et de la bourgeoisie se détacha d eux, au contraire, et commença à attendre de la France sa délivrance et son salut. ,
Victor-Amédée II, toujours le plus résolu, proposa, des la fin ap 1791 à tous les princes italiens , de former une ligue contre 'leurs peuples et contre la France. Marie-Caroline, la femme du roi de Naples, Ferdinand, sans cependant encore romore de précieuses relations commerciales avec le midi de la France, fit, après un voyage à V îenne, de secrets préparatifs et surveilla rudement dans ses États les loges des maçons fovers d’agitation politique. Le nouveau duc de loscanc revint sur plusieurs des réformes de Léopold, tout en annonçant l’intention de rester en paix. Le pape Pie \ 1 lança