‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 266 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tralité , mais sans savoir la rendre respectable par la levée d’une force militaire imposante. Dans une lutte de cette importance , c’était se livrer imprudemment au vainqueur. En 1793 les flottes du roi de Naples et celles de l’Angleterre surprirent d’abord en France Toulon , qui fut , il est vrai , bientôt reprise à la fin de l’année (21 décembre). Mais Fannée suivante , en dépit du général autrichien Devins et des deux fils de Victor-Amédée , le général Dumas occupa le mont Cenis, le petit Saint-Bernard , et fit une tentative sur Aoste ; le général Dumerbion violant le territoire de Gènes, tourna, par les sources du Tanaro, la forteresse du Saorgio, qui tenait les Français en échec, occupa le col de Tende, et resla maître de toute la crête des Alpes, des sources de la Stura à celles de la Doria Baltea (juin 1794).

Cet événement causa une grande sensation en Italie. On savait que l’intention de l’Autriche était d’agrandir Victor- Amédée dans le midi de la France, pour rester elle-même maîtresse de toute la Lombardie. Une conspiration formée à Turin même contre le roi, fut découverte et réprimée; les nobles et les riches auraient commencé à s’expatrier si le gouvernement n’avait arrêté l’émigration. Victor-Amédée interdit toutes les réunions et ferma même les académies et les casini. Mais, en Sardaigne, le peuple demanda la réunion des états, et força le vice-roi, assiégé dans son palais, à s’enfuir. A Naples, les loges des francs-maçons s’agitèrent plus que jamais. La junte de conspiration ne suffisant plus, Marie-Caroline établit une junte d’inquisition avec des pouvoirs extraordinaires , et procéda avec la plus odieuse rigueur. A Venise, le sénat, effrayé de la violation de la neutralité de Gènes, décréta d’abord l’armement, qui ne s’effectua cependant pas, de quarante mille hommes pour se défendre, au besoin, contre l’Autriche. A Gènes, le doge, après avoir protesté contre le passage des Français sur son territoire, ferma la maison du pharmacien Morando, rendezvous des démocrates, organisa la garde urbaine et augmenta réellement le nombre des troupes.

Les souverains de l’Italie firent de nouveaux efforts contre la France en 1795; Victor-Amédée et Ferdinand de Naples

l’italie républicaine.

imposèrent les nobles, mirent a contribution les ornements des églises, et ordonnèrent des levées extraordinaires de troupes. Le pape Pie VI lui-même fit sa revue des ports de la côte et visita les soldats des garnisons. Le roi de Sardaigne, avec ses nouvelles recrues et un renfort de dix mille Autrichiens amenés par Wallis, reprit l’offensive sur les Alpes, tandis que les Anglais bloquaient Gènes, et, sous le nom de Paoli , s’emparaient de la Corse et lui donnaient un semblant de constitution. Il fut battu à Cairo ( 15 septembre), rejeté sur la Bormida, et perdit Vado, qui assura la position de l’armée française dans la rivière de Gènes. Ferdinand de Toscane et Venise crurent le moment déjà venu de se rallier au vainqueur; Carletti et Corsini , leurs ambassadeurs à la Convention nationale, reconnurent publiquement, à la fin de l’année, la république française. Une conspiration fut tramée à Païenne pour ériger la Sicile en république ; de nouveaux mouvements eurent lieu à Cagliari et à Sassari. La paix déjà conclue avec la France par la Prusse et l’Espagne ne fit pas encore réfléchir les princes italiens. Le roi de Sardaigne refusa des mains de la France, avec la garantie de l’Espagne, la province du Milanais, pour prix du libre passage de nos armées. Il resta fidèle à l’Autriche , ainsi que le pape et Naples , et fit ainsi do la péninsule comme le prix de la lutte.

Bonaparte en Italie; montcnotte, l.odl, Caittigllonc ; république* trunspadaue et ctapadane ( 1 30Ü .

Le Directoire pouvait maintenant porter presque toutes ses forces en Italie.

Déjà, sur ses ordres, Schérer, mal surveillé à Céva par les Piémontais, avait tourné l’aile gauche des Autrichiens à Loano, et l’avait rejetée sur Acqui (24 novembre 1795). Un des plus vieux et des plus habiles généraux de l’Autriche, Beaulieu, fut chargé de chasser les Français du sommet des Alpes et de la rivière de Gènes. Au printemps de 1796, il dirigea en personne son aile gauche sur le col de la Bocchetta, établit son centre aux sources de la Bormida, et envoya à sa droite les Piémontais , commandés par Colli , sur les Alpes,

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