CHAPITRE XIX
occupées par les Français. Mais l’armée française d’Italie avait alors à sa tète l’homme dont le génie militaire allait pendant vingt ans éblouir et fasciner le monde, Bonaparte. En quelques jours, il enfonça le centre autrichien à Montenotte, battit la droite à Millésimo, la gauche a Dégo, acheva de séparer Colli de Beaulieu, et, s’attachant à la poursuite du premier , tandis que le second battait en retraite vers Milan, le défît encore à Mondovi, et arriva à Clierasco, à dix lieues de Turin (21 avril).
La proclamation lancée par le jeune vainqueur émut encore plus l’Italie que ses rapides succès. « Peuples d’Italie, dit-il, l’armée française vient rompre vos chaînes; le peuple français est ami de tous les peuples, venez au-devant de lui. Vos propriétés, vos usages, votre religion seront respectés ; nous ferons la guerre en ennemis généreux et seulement aux tyrans qui vous tiennent asservis. » C’était donc bien la liberté, l’indépendance que la révolution française apportait à l’Italie. Un vainqueur généreux, un compatriote presque, le garantissait à la péninsule. Les princes italiens, le clergé ne furent plus capables d’arrêter la nation italienne. Elle se précipita avec enthousiasme au-devant de Bonaparte et des Français, et assura leurs rapides succès.
Les Piémontais Bonafous et Renza excitèrent à Albe un mouvement républicain, qui menaça bientôt tout le royaume, et Victor-Amédée demanda et obtint la paix par la remise des places d’Alexandrie et de Coni pendnnt la guerre. Bonaparte n’eut qu’à entrer sur le territoire de Parme et de Plaisance, où les Italiens remuaient déjà. Les ducs Ferdinand de Parme, Hercule de Modène s’engagèrent, le premier à payer deux millions, a fournir des chevaux, des grains, et à envoyer vingt tableaux, entre autres le Saint Jérôme du Corrége , au musée de Paris; le second, qui s’était même enfui à Venise, à payer jusqu’à six millions. Le pape et Ferdinand, ayant assez de contenir leurs peuples, se résignèrent à la défensive.
L’Autriche était isolée. Après avoir passé le Pô à Plaisance et forcé ainsi Beaulieu à abandonner la ligne du Tessin, Bonaparte lui enleva encore celle de l’Adda au rude combat de Lodi (10 mai), et resta maître de tout le Milanais jusqu'au
l’italie républicaine.
Mincio. Les villes de Pavie, Crémone et Milan, d’où l'archiduc gouverneur s’était enfui à Mantoue, ouvrirent leurs portes sans résistance. Les Milanais surtout accueillirent les Français comme des libérateurs. Ils se flattaient de l’espoir^ d’ôtre placés à la tête de l’union italienne. Une congrégation d’Êtat composée des partisans des idées françaises fut établie dans la ville, et une garde nationale organisée. Les vingt millions de francs que Bonaparte leva sur la Lombardie n’excitèrent même pas un grand murmure, si ce n’est à Pavie, où les paysans des environs, sourdement excités, pénétrèrent pour massacrer la garnison française. La ville, livrée aux soldats pendant une nuit , apprit que Bonaparte ne laisserait impunie aucune émeute.
Une nouvelle proclamation de Bonaparte publiée à Milan, couvrit ce premier discord et propagea dans toute la péninsule l’enthousiasme ressenti par les Milanais. « Que les peuples soient tranquilles, disait-il, nous sommes les amis des peuples. Rétablir le Capitole , réveiller le peuple romain après des siècles de servitude; tel sera le fruit de nos victoires. >* Quelques villes du territoire vénitien, lasses du joug de l’aristocratique république, invitaient elles-mêmes les Français à violer la neutralité du territoire vénitien. Bonaparte occupa Bergame , prit Brescia , culbuta Beaulieu sur le Mincio, entra dans Vérone, Legnago qui lui assuraient la ligne de l’Adige, et commença le blocus de Mantoue. L’aristocratie de Venise, blessée au cœur, n’osa faire que des remontrances. Elle sentait , non-seulement dans les villes de la terre ferme , mais dans Venise même, s’agiter avec les encouragements de Villetard, secrétaire de l’ambassade française , le levain populaire. Les États du roi de Naples et du pape étaient plus agités que jamais. Dans une cérémonie solennelle, le premier consacra sa couronne au ciel et voulut pousser son armée à la frontière; il fut bientôt obligé de la rappeler pour comprimer une partie de ses sujets. Le pape Pie VI fit prêcher « contre les athées et les brigands de France ; >* mais la première de ses villes , Bologne , envoya par ses principaux magistrats demander sa liberté au vainqueur de l’Italie.