CHAPITRE XIX
arme dix mille Esclavons , quatre mille Italiens , soulève et enrégimente les sauvages paysans des montagnes , ennemis des Français et des novateurs. Le soulèvement du Tyrol et l’arrivée d’une division autrichienne sur l’Adige, l’enhardissent encore. Persuadé que les Français qui marchaient sur Vienne allaient être coupés et détruits, il signe un traité secret avec l’Autriche et commence à agir. Brescia, Bergame sont attaquées; le 15 avril Vérone, au milieu d’un soulèvement , tombe au pouvoir des paysans et des Esclavons. Les Français surpris sont égorgés dans les rues, dans les hôpitaux, quatre cents sont jetés dans l’Adige; enfin quelques jours après, le 23, un lougre français réfugié dans le port de Venise est crihlé de boulets et l’équipage massacré. Le lendemain , le sénat apprit que Bonaparte avait réduit l’Autriche à signer les préliminaires de Léoben. Le sénat terrifié demanda grâce au vainqueur « Le sang de mes frères d’armes sera vengé , » répondit Bonaparte à ses envoyés; « je serai un Attila pour Venise; plus d’inquisiteurs d’État, plus de livre d’or, votre gouvernement est décrépit! » Premières paroles de menace prononcées par la France contre l’Italie môme.
L’aristocratie vénitienne ne songea qu’à sauver Venise en se sacrifiant elle-même. Le dernier doge, Louis Manin, et le sénat renvoyèrent les Esclavons, désarmèrent les paysans et dépêchèrent au camp du général français trois députés chargés d’offrir des satisfactions et de s’entendre avec lui sur les modifications à apporter au gouvernement. Ce n’était pas une modification qui pouvait suffire au général et au peuple soulevé; le grand conseil de la noblesse, au milieu de la plus vive effervescence, renonça à la souveraineté, déclara la constitution abolie, la noblesse privée de ses privilèges politiques et convoqua les députés de toute la terre ferme pour aviser à l’établissement d’un gouvernement démocratique. Une municipalité provisoire, composée de citoyens de toute classe, reçut le général Baraguay-d’Hilliers avec cinq mille hommes de troupes, et livra les forts, les vaisseaux et l’argent que Bonaparte demanda comme satisfaction pour le passé et comme gage pour l’avenir.