CHAPITRE III
de bétes dans l’enceinte du Colysée. La conduite du roi envers le clergé fut encore plus habile. Tout arien qu’il était, il déposa sur le tombeau de saint Pierre une offrande considérable. Un schisme était près d’éclater dans Rome au sujet de Y hénotique de Zenon. Les deux partis avaient été plusieurs fois sur le point d’en venir aux mains; Théodoric imposa la tranquillité à la ville , remit la décision de la querelle à l’Uglise et ordonna la réunion d’un synode d’évêques qui releva Symmaque des accusations portées contre lui et le proclama seul pape légitime. Appréciateur des monuments de la vieille Rome, qu’il put encore admirer dans les théâtres de Pompée et de Marcellus , dans ses thermes et dans ses temples, il les mit sous la garde d’un architecte particulier, fit défense aux citoyens de les dégrader, affecta aux frais de leur réparation le produit des douanes du port Lucrin, et donna lui-même chaque année deux cents livres d’or et vingt-cinq mille briques pour leur entretien. Ces soins réparateurs s’étendirent au delà de l’enceinte de Rome, à Ravenne, à Pavie, à Spolete, à Naples et dans quelques autres villes où furent restaurés ou construits des églises, des aqueducs, des bains et des portiques; à Vérone surtout où s’éleva un palais, le plus ancien et le plus authentique monument de l’architecture des Goths.
Une occasion s’offrit bientôt à Théodoric de prouver au loin quelle était sa puissance. Après avoir essayé de prévenir la guerre entre les Francs et les Visigoths, il fut obligé de prendre sous sa protection toute une nation de frères, lorsque Alaric II eut été tué à la bataille de Poitiers. Son général lbbas battit le fils aîné de Clovis, près d’Arles, reprit Narbonne et Carcassonne, puis passa les Pyrénées pour renverser un usurpateur qui s’était élevé aux dépens du jeune Amalaric son petit-fils. En vain l’empereur Anastase , allié de Clovis, essaya-t-il de faire diversion en jetant une armée en Italie ; mille petits bâtiments légers, équipés à temps par les soins du préfet du prétoire Abundantius, garantirent les côtes de la péninsule. Théodoric conserva la Septimanie aux Visigoths, prit pour lui la province d’Arles où il établit le préfet Libérius et étendit son autorité sur les
deux branches réunies de la nation gothique, du Danube au détroit de Gibraltar.
Le Diétrich von Bern du poëme allemand desNiebelungen, est bien au fond le Théodoric de l’histoire ; les douze pairs qui l’accompagnent, ce sont les chefs des nations germaines soumises. J1 combat vaillamment dans la fable le ravisseur du trésor , Hagen , comme Clovis dans la Gaule. Dans la légende comme dans l’histoire il joint la modération à la force ; c’est un guerrier pacificateur. Il domine ainsi qu’Etzel, par sa pensée comme par son épée, tous les rois barbares,
Querelle religieuse; Boc'ee et Synininque; mort «1e TlM'Otlorlc (5*0].
L’Italie, unie sous la domination d’une nation puissante et d’un homme de génie, recouvrait avec sa prospérité la première place en Occident; œuvre brillante, mais qui cachait des vices dont la première occasion fit éclater les tristes conséquences! Les deux cent mille barbares , maîtres de l’Italie, fiers de leur force, supportaient difficilement le respect qui leur était ordonné pour les vaincus, et les impôts qu’ils devaient payer comme eux à'ieur chef commun. Malgré les nombreuses lois portées contre les Goths qui violaient les propriétés des Romains, ce crime se. renouvelait souvent, et Théodoric avait besoin de rappeler qu’il n’était point affranchi lui-même de l’impôt, pour y plier ses compagnons. De leur côté, les Romains n’oubliaient point, malgré tous les ménagements, qu’un barbare, un arien les avait conquis et les tenait sous le joug d’une sorte d’aristocratie militaire. Ils savaient reprendre souvent par la ruse ce que la violence leur avait enlevé. Théodoric , d’ailleurs , en conservant toute l’administration politique et civile des Romains, n’avait fait que continuer les traditions du despotisme impérial , d’autant plus odieux aux anciens habitants qu il était exercé par un étranger.
La religion fut la première pierre d’achoppement où vint se briser la fortune des Goths et le nouveau royaume d’Italie. Théodoric avait professé par la bouche de Cassiodore que » le souverain n’avait point d’empire sur la religion, parce