CHAPITRE XIX
les Alpes, les Anglais en Sicile, les Russes et les Turcs dans le royaume de Naples. Schérer, chef de l’armée d’Italie, battu par Kray, à Magnano sur l’Adige (5 avril), abandonna le Alincio, l’Oglio et se réfugia derrière l’Adda. Moreau, qui lui succéda, perdit à son tour, contre Souvarov, la bataille du pont de Cassano (27 avril), évacua Milan avec toutes les autorités cisalpines, passa le Pô et prit position entre Valenza et Alexandrie. Au midi, Macdonald, après avoir perdu Crotone et Altamura, craignit de se trouver pris entre deux armées, battit en retraite devant les sanfédistes , les Anglais et les Russes, et, ralliant les troupes françaises de la Toscane et des États romains pour regagner les Alpes , laissa seulement quelques régiments à Naples, à Florence, Livourne et Rome.
Après son départ, les gouvernements révolutionnaires italiens ne tinrent pas longtemps. Les républicains de Naples, bientôt réduits à la capitale, l’abandonnèrent pour les forts quand les lazzaroni se soulevèrent à la première apparition du cardinal Rutfo et des sanfédistes. Décidés à se défendre jusqu’à la det-nière extrémité dans le château Saint-Eime, le château Neuf et le château de l’OEuf, ils ne cédèrent que sur la foi d’une honorable capitulation, qui fut bientôt violée par» un décret de Ferdinand et la connivence de l’ambassadeur anglais Hamilton ; triste prélude de la restauration des Bourbons napolitains. Dans la Toscane , le gouvernement provisoire, récemment établi par les Français, tomba tout seul. Après la reddition de Sienne et de Livourne, l’autorité du grand-duc Ferdinand fut rétablie à Florence le 10 juin.
Dans la république cisalpine il y avait encore une force nationale capable d'influer sur les événements. Lahoz , au lieu d’agir de concert avec les Français, laissa, sans lui porter secours, Macdonald rejoindre seul Moreau dans les Alpes cisalpines, au prix du rude combat de la Trebia (17 juin); il se jeta dans les marches du centre pour y réunir, avec les bandes, une armée italienne, entièrement indépendante, qui délivrerait successivement la péninsule des Français et des Autrichiens; projet tout à fait désastreux. A Novi (15 août), Souvarov rejeta entièrement Moreau et l’armée française dans
l’italie républicaine. 507
la rivière de Gènes; l’Italie fut livrée à ses nouveaux vainqueurs et punie de ses hésitations et de ses faux calculs.
Au centre, les villes de Rome et d’Ancône, défendues par Garnier et Monnier, avaient résisté encore aux attaques des Autrichiens, des sanfédistes de Ruffo et des brigands de Fra Diavolo ; pressés de tous côtés, même par Lahoz, et sans espoir de secours, Garnier capitula le 30 septembre, Monnier le 13 novembre. Les Napolitains occupèrent Rome, les Autrichiens Ancône. D’un bout à l’autre de l’Italie la réaction fut maîtresse. Elle sévit avec fureur. A Milan, les Autrichiens envoyèrent une foule de prisonniers traîner les barques aux bouches du Cattaro. A Naples, la vengeance en délire parut prendre à tâche de dépeupler le royaume ; après avoir laissé ies sanfédistes donner , aux dépens des jacobins , des spectacles de cannibales sur la place de Naples, on procéda régulièrement; en quelques jours cent dix personnes furent décapitées , et des plus notables , trente mille jetées dans les cachots. A Rome aussi le nombre des incarcérations fut grand et les excès de la populace nombreux. Pendant que le conclave rassemblé à Venise donnait pour successeur à Pie VI, mort au mois d’août 1799, Pie Vil (Chiaramonti), le gouvernement napolitain s’organisait provisoirement à Rome. L’empereur ne cachait pas lui-même sa pensée de rester maître comme par droit de conquête du Piémont et des légations romaines; le roi de Sardaigne n’était pas plus rappelé de son île que Pie VII n’était invité à prendre possession de l’État ecclésiastique. L’empereur d’Allemagne, les deux Ferdinand de Naples et de Toscane, comme ses vassaux, se disposaient à rendre enfin complet l’asservissement de la péninsule.
Harengo; traité de Lunéville: Pie Yfl et Ferdinand restau* ré«; les républiques cisalpine et ligurienne rétablies
. Le vainqueur d’Arcole et de Rivoli-, maître de la France par le 18 brumaire, en paix avec l’empereur de Russie, sauva la péninsule de cette chute d’autant plus affreuse qu’elle suivait les plus brillantes espérances.