‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 276 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Au mois de mai , Mêlas s’apprêtait à passer le Yar pour envahir la Provence; on ne laissait plus aucun espoir à Masséna , bloqué avec les dernières troupes françaises dans Gènes ; tout à coup, Bonaparte descendit le grand Saint-Bernard, passa avec son artillerie et ses bagages sous le feu du fort de • Bard, et occupa une partie du Piémont. Masséna, après une longue et héroïque résistance , avait rendu la ville de Gènes aux Autrichiens, le 4 juin. Mais, depuis deux jours déjà, le premier consul était dans Milan et il* y proclamait de nouveau la république , au milieu d’une joie qui tenait du délire. Mêlas ramena en toute hâte ses troupes vers le Pô, espérant encore avoir raison de cette audace. Mais Bonaparte reprit le commandement de son armée, et, dans les plaines de Marengo, le 10 juin , acheva ce que le passage du Saint- Bernard avait si bien commencé : les Français rentrèrent dans Gènes; l’empereur François, frappé d’épouvante, demanda un armistice pour traiter de la paix ; et la France redevint encore l’arbitre des destinées italiennes.

La France de 1800 n’était plus celle des années précédentes. Le premier consul Bonaparte n’arrivait pas en Italie avec les idées et les projets de la Convention et du Directoire.

11 ne songeait pas à rendre la péninsule tout entière à l’indépendance, par conséquent à ressusciter les éphémères républiques de Rome et de Naples. Sur ce point, il ne parlait que de rétablir les conditions du traité de Campo Formio. » Dans les pays mêmes où il maintenait la révolution , il pensait plutôt à réprimer qu’à exalter les espérances démo-* cratiques.

Le pape Pie VII, en rentrant dans Rome le 3 juillet, y reçut tout d’abord les offres d’amitié du vainqueur de Marengo. Dans la réorganisation de la république ligurienne et de la république cisalpine , tout en prenant soin d'assurer l’influence française et les incontestables conquêtes de la révolution , Bonaparte ordonna de respecter les croyances religieuses du peuple italien, et s’efforça plutôt de se rattacher les hautes classes favorables à l’Autriche, que de flatter ^ les passions populaires qui avaient d’abord accueilli la France; Dans le gouvernement du Piémont, Jourdan suivit, d’après

l’iTALIE RÉPUBLICAINE.

ses ordres, la même conduite. En tout, Bonaparte paraissait prendre à tâche d’opérer une transaction de principes dans la péninsule, de réconcilier par des concessions réciproques l’ancien régime et le nouveau.

L’Autriche, malgré Marengo, ne se résigna pas encore même à cette révolution mitigée qui lui laissait peut-être moins d’espérance. Elle dénonça l’armistice en novembre 1800 et renforça son armée sur le Mincio et l’Adige; la Toscane et Naples remuèrent encore sur les derrières des Français.

Malgré l’absence de Bonaparte , le général français Brune s’empara, sur les Autrichiens, de la ligne du Mincio et de l’Adige , Macdonald descendit sur leurs derrières par le Splugen et les coupa de leur retraite. Pendant ce temps- là, les républicains de la Cisalpine, de la Ligurie, les exilés de Naples prêtèrent main-forte à la France contre la Toscane et contre Marie-Caroline. Sommariva , gouverneur de la Toscane pour le grand-duc, avait armé les paysans; six mille Français ou Cisalpins entrèrent dans la Toscane, occupèrent Florence, Sienne, Arezzo, qui résista seule assez vivement, et suffirent pour maintenir le pays. La reine de Naples envoya en vain Roger Dumas à la tête de seize mille Napolitains au secours de Sommariva; le général français Miollis, aidé de Pino, général des Cisalpins, battit, près de Sienne, Roger Dumas , qui se rejeta dans les États de l’Église ; et Murat, appelé par Pie Vil lui-même, les fit rentrer tous dans le royaume de Naples.

Ces succès amenèrent les traités de Lunéville, de Madrid et de Florence, qui réglèrent, en 1801, le sort de la péninsule. Le pape fut réintégré dans les États de l’Église. Il dut recevoir seulement garnison française dans Ancône. Les républiques cisalpine et ligurienne furent reconnues comme par le traité de Campo Formio. Le roi de Naples ferma ses ports aux Anglais , céda à la France les présides et Piombino, reçut garnison dans Otrante, Brindes, et prononça une amnistie dans ses États pour tous les délits politiques. Le duc de Parme et Plaisance renonça à son duché en faveur de la France; mais son fils reçut , en dé-

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