‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 277 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

dommagement, la Toscane, érigée en royaume d’Étrurie , aussi avec garnison française dans Livourne.

Ce n’était là ni la liberté ni l’indépendance que quelques Italiens avaient rêvées pour leur patrie. Trois gouvernements monarchiques étaient relevés dans la péninsule. L’Italie cependant pouvait s’estimer heureuse. Le nouveau royaume d’Étrurie était érigé au moins en faveur d’un prince italien. Dans le royaume de Naples,, un frein était mis aux vengeances du roi. Le pape, qui rentrait à Rome, paraissait animé des meilleures intentions : « Soyez bons chrétiens, et vous serez d’excellents démocrates, » disait-il, pour accommoder la religion à l’esprit de son temps; il commençait son règne en publiant une amnistie, prenait pour secrétaire d’État le cardinal Consalvi, réformait la cour de Rome et s’efforçait de rétablir les finances, le commerce et l’industrie. Enfin, l’Autriche se résignait à ne posséder plus que la Vénétie, et deux républiques prenaient rang parmi les États européens, l’une surtout formée de la plus grande partie du nord de la péninsule, comptant cinq millions d'habitants, quatre-vingts millions de revenu et quarante mille soldats, était un État respectable.

La péninsule payait ces avantages en tombant dans une sorte de dépendance de la France. Des garnisons françaises occupaient, en effet, tous les points importants de la côte, Otrante, Tarente, Brindes, Ancône, Livourne. Le général français Murat installait comme un vassal le jeune Louis de Parme dans le royaume d’Étrurie, et en devenait réellement le maître, lorsque Louis mort, son fils, Charles-Louis, mineur, succédait au duché sous la tutelle de sa mère. Bonaparte, sans adjuger encore à la France le Piémont, Parme et Plaisance, les gouvernait réellement. Le Piémont, considéré comme un district militaire, subdivisé en six départements, soumis aux. lois françaises, était confié à l’administration de Jourdan , puis à celle de Menou. Parme et Plaisance avaient le même sort sous Moreau de Saint-Méry. Les événements récents avaient prouvé , il est vrai , que l’Italie seule ne pouvait rien par elle-même, et la reconnaissance des classes éclairées pour les Français, leur en-

l’italie républicaine. 511

/housiaste admiration pour le vainqueur de Marengo, leur rendaient facile et doux le devoir de la soumission.

En 1802, la république cisalpine, le plus libre et le plus puissant des États italiens , le montra suffisamment. Les Cisalpins cherchaient alors à consolider leur gouvernement. Bonaparte leur persuada d’envoyer dans la ville de Lyon, h moitié route do Paris et de Milan, une assemblée de quatre cents notables; et leur nouvelle constitution naquit sur une terre française , sous l’inspiration des hommes d’État du consul, au milieu de troupes et de revues brillantes, en présence même du libérateur et du vainqueur. Elle fut l’image fidèle de celle que Bonaparte lui-même avait donnée à la France. Un président et un vice-président, une consulte d’État investis (lu pouvoir exécutif, un corps législatif de cent cinquante membres, un tribunal de censure chargé de la surveillance et du maintien de la constitution, formèrent les principaux ressorts du gouvernement; trois collèges électoraux se recrutant eux-mêmes : un de grands propriétaires, un de lettrés et de clercs, un de négociants, servirent d’organes h la souveraineté publique. Enfin, on proposa la présidence de la république ainsi constituée à Bonaparte, à défaut d’un Italien, «assez accrédité, assez grand par ses services, assez dégagé de l’esprit local. » Bonaparte accepta , et nomma Melzi vice-président.

À l’exemple des Cisalpins, la république ligurienne, celle de Lucques, demandèrent à remanier leur constitution dans le sens du nouveau gouvernement français. Le commissaire français Salicetti, qui, au commencement de la révolution, avait organisé démocratiquement tous les Etats italiens délivrés, présida avec la même facilité à ces remaniements aristocratiques et monarchiques. Trois collèges électoraux, un sénat divisé en cinq magistratures, un doge et une consulte, rapprochèrent la constitution ligurienne de la cisalpine. On laissa le choix du premier doge à Bonaparte. 11 désigna Jérôme Durazzo, fît relever la statue d’André Doria, ancien législateur de Gènes, et en accepta une pour luimême h Sarzane, comme pour unir les temps anciens et modernes. A Lucques , un collège de douze anziani et un

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