CHAPITRE XIX
gonfalonier couvrirent aussi de noms antiques des choses toutes nouvelles.
Bonaparte pouvait oser, quand la péninsule allait ainsi au-devant de lui. À la fin de 1802, il décréta la réunion définitive des six départements du Piémont au territoire français, et Victor-Emmanuel, successeur de Charles-Emmanuel, par l’abdication de celui-ci, dut se résigner à l’île de Sardaigne ; l’Italie vit sa frontière occidentale au pouvoir de la France, comme l’orientale était déjà au pouvoir de l’Autriche; et là où. elle paraissait libre, elle n’était plus que la protégée de la France.
Cette dépendance fut loin d’être sans compensation. Avec l’influence ou la domination française, s’introduisirent dans la mesure et la discrétion qu’imposait le pouvoir de Bonaparte, ces principes de liberté et d’égalité civile , vraies et légitimes conquêtes de la révolution française. Sous l’administration la plus régulière et la plus rationnelle dont eût joui depuis longtemps la péninsule, se développa une prospérité dont on avait perdu le secret. Melzi, à Milan, quoique sans ostentation, tint état de prince et ranima le luxé; le ministre des finances Prina améliora les revenus publics, au point que , malgré le tribut annuel qu’il fallait payer à la France, les caisses étaient pleines et les payements faciles. Une armée tout italienne s’organisa, dont les légions devaient marcher de pair avec les brigades françaises.
De beaux monuments furent les signes extérieurs de cette renaissance. Sur l’ancien emplacement des murs du château de Milan , s’éleva le forum Bonaparte; on travailla à la cathédrale de Milan avec une telle rapidité , qu’on en fit plus dans l’espace de quelques années que depuis plusieurs siècles ; et ce chef-d’œuvre auquel ont contribué avec tant d’harmonie tous les temps et tous les styles fut enfin terminé. Les études, l’instruction publique, firent de notables progrès , mais principalement dans la pratique. L’université de Pavie fut rouverte et dotée , ainsi que les académies et collèges du Piémont. Une époque d’abord ausa tourmentée et aussi mobile , fermée par la main un peu rude d’un gouvernement militaire, n’était pas très-
l’italie républicaine.
favorable aux travaux de la spéculation et au génie poétique. La philosophie sensualiste de Condillac était presque la seule qui eût des adeptes. Dans la poésie, tandis que Fantoni et Allieri finissaient, en délirant, l’un des hymnes révolutionnaires, et l’autre des imprécations contre la France, Vincent Monti, abbé et membre de l’Académie des Arcades, refléta la mobilité des événements et des impressions de l’Italie. Après avoir chanté le triomphe des Bru tus, en 1797, et le retour d’Astrée, en 1798, il célébra avec la même pompe l’Alexandre et le Charlemagne moderne. Mais , comme si l’Italie devait enfanter, à chaque époque , un homme extraordinaire, ce fut alors que le grand Canova ressuscita les merveilles de la statuaire antique.
CM'IIÉDHAUC Ut MILAN.
Le royaume il' I tulle; Vapleo, lu Toscane, Iuicques, Guastalla, donné* à des parents de l’empereur; Italie napoléonienne (4 £•*- 1808).
La protection féconde de la France demandait cependant à être exercée avec une certaine discrétion. Elle était déjà payée de pertes douloureuses pour la péninsule et d’une
Di