CHAPITRE XIX
assez étroite dépendance. Si les plus raisonnables des Italiens pensaient que leur pays, ne pouvant encore se régénérer et se défendre seul , devait faire sans regrets ces sacrifices , il en était d’autres qui protestaient au nom de l’unité et de l’indépendance. Bonaparte les poursuivit comme des insensés , comme des amis du désordre. À Rimini, à Brescia, à Bologne, il y eut déjà, en 1803, quelques mouvements excités en faveur de la liberté contre la prépondérance française; ils furent réprimés avec la dernière sévérité. C’étaient là au moins des symptômes dont il fallait tenir compte.
Le nouvel empereur des Français , Napoléon , sacré à Paris par le pape Pie VII, ne le fit point. Le vice-président de la république cisalpine, Melzi, et ses principaux magistrats, Marescalchi, Paradisi, Salimbeni, etc., lui offrirent la couronne des anciens rois lombards. Il accepta ce qu’il n’avait pas peu contribué à faire demander. On stipula seulement que les deux couronnes seraient distinctes, que Napoléon seul les réunirait sur sa tête , et que le royaume passerait ensuite à un enfant mâle, ou à un fils adoptif de l’empereur, pourvu qu’il fût Français ou Italien. Le 16 mai 1805, au milieu des fêtes les plus brillantes, Napoléon prit lui-même, sur l’autel de Milan, sa nouvelle couronne. Les Italiens entendirent avec étonnement répéter cette vieille devise : Dieu me l’a donnée , gare à qui la touche ! et quelques jours après le nouveau roi ouvrit en personne le corps législatif, et désigna pour vice-roi son fils adoptif Eugène Beauharnais.
Ce n’était là encore qu’un changement politique , mal vu seulement de quelques républicains assez peu nombreux. Cette dépendance du royaume d’Italie n’était que temporaire. Un avenir de liberté et de puissance pouvait être assuré au nouveau royaume. Mais ce ne fut pas tout. A Milan même, le doge de Gènes et les principaux magistrats de la république ligurienne vinrent demander à Napoléon « de réunir à l’empire cette Ligurie, premier théâtre de ses victoires. » L’empereur alla à Gènes (juin), y fut reçu avec des fêtes qui semblèrent un troisième couronnement, et
l’italie napoléonienne. 515
forma de la république trois départements et la vingthuitième division militaire. Lui-même, enfin, de son propre mouvement, il réunit, par un décret du 21 juillet, Parme et Plaisance à la vingt-huitième division militaire, et érigea la principauté de Piombino, réunie à la république de Lucques , en un duché en faveur de Pascal Bacciocchi , marié à une de ses sœurs.
« Depuis la première fois que j’ai paru dans ces contrées, dit Napoléon dans ses Mémoires , j’ai toujours eu l’idée de créer indépendante et libre la nation italienne. Les réunions à l’empire des diverses parties de la péninsule n’étaient que temporaires ; elles n’avaient pour but que de rompre les barrières qui séparaient les peuples, et d’accélérer leur éducation pour opérer ensuite leur fusion : j’aurais rendu l’indépendance et l’unité à l’Italie presque entière. » Si telle était l’intention future de Napoléon, en faveur d’un pays qu’il aimait et dont il parlait la langue , ses actes présents pouvaient donner prise à de funestes interprétations. En face de ces réunions de territoire, quelques esprits commençaient à séparer la cause de la liberté et de l’indépendance italienne de celle de la prépondérance de la France.
Dans la troisième coalition formée, en 1805, par les puissances européennes contre Napoléon , à l’occasion de ces usurpations mêmes, l’Autriche tenta de profiter des fautes de la France. En massant des troupes dans les Etats vénitiens, elle ne manqua pas d’envoyer dans le reste de la péninsule des émissaires qui promirent de sa part la liberté. On répandit le bruit que l'indépendance de l’Italie était la base de négociations entre la Russie et l’Autriche; que ces puissances voulaient former du Piémont, de Gènes, du Milanais,'de la Vénétie, un royaume cisalpin en faveur de la maison de Savoie , maintenant expulsée de la péninsule. Mais la fascination exercée par Napoléon sur les Italiens, qui croyaient d’ailleurs la fortune de la France et celle de l’Italie étroitement liées, était encore trop grande. Leroi de Naples, Ferdinand, en accueillant- au midi de l’Italie, malgré in traité de neutralité, les Anglais et les Russes, acheva de les édifier. La promesse de la liberté ainsi présentée ne