CHAPITRE III
qu’on ne pouvait forcer la croyance; » et il avait fait respecter scrupuleusement la liberté de chacun. Mais le châtiment infligé à quelques orthodoxes exaltés, pour des violences exercées contre les juifs à Rome et à Ravenne, répandit d’abord le mécontentement parmi les catholiques. Dans toutes les églises les prédicateurs commencèrent à crier à la persécution. La défiance se glissa peu à peu dans l’àme de Théodoric, et réveilla le barbare dans le roi d ltalie. Le port des armes fut interdit aux Italiens, et les sénateurs soupçonnés de relations secrètes avec la cour de Byzance furent étroitement surveillés.
Théodoric , arien consciencieux, trouvait dans les circonstances des raisons de craindre pour la doctrine dont il était alors le seul représentant considérable. 11 avait vu Clovis chasser avec les Visigoths l’arianisme de la Gaule ; les Burgondes venaient d’abandonner leur vieille foi. Sous l'influence de Benoit de Nursie, qui allait fonder le couvent du Mont-Cassin , et sous celle du nouveau pape Jean , esprit ardent, l’orthodoxie devenait plus jalouse. Rome enfin, après la conclusion de la querelle de Yhénotique, n’ayant plus rien à reprocher à la foi orientale, tournait ses regards avec plus de complaisance vers l’empereur orthodoxe.
Théodoric savait comment on faisait alors servir la religion aux desseins de la politique. 11 s’était toujours tenu en garde contre l’ambition de Constantinople. Un édit porté par l’empereur Justin contre ses sujets ariens, sans en excepter même les Goths auxiliaires , éveilla encore davantage les regrets et les espérances des Italiens , mais aussi excita au plus haut point la colère du roi qui avait compté que les orthodoxes imiteraient sa tolérance. Il fit partir en toute hâte pour Constantinople le pape et quatre sénateurs pour obtenir le retrait de l’édit, et sur le refus de Justin, menaça par représailles, d’interdire le culte orthodoxe en Italie. Si quelques vœux avaient été formés déjà pour le rétablissement de l’autorité impériale dans la péninsule, les menaces de persécution les rendirent plus ardents. Lorsque Théodoric apprit que le pape Jean , sans rien obtenir de Justin . le couronnait une seconde fois solennellement à Constanti-
nople, il se crut trahi. Le sénateur Âlbinus fut accusé en plein sénat d’avoir espéré la liberté de Rome , et entretenu au nom du corps tout entier une correspondance coupable avec Justin; comme il se défendait, le personnage le plus illustre de l’Italie, Boëce, qui avait écrit récemment son livre de la Trinité contre les ariens , se leva pour réclamer sa part du crime d’Albinus. « Si Albinus est coupable, dit-il, je le suis avec tout le sénat romain. »
Théodoric n’avait pas ménagé sa faveur à Boëce. Deux ans auparavant il avait fait élire dans une même année ses deux fils consuls. Cette opposition lui parut ajouter l’ingratitude au crime; il fit saisir l’illustre sénateur, comme coupable d’avoir adressé à l’empereur Justin une requête pour la délivrance de l’Italie, obtint sa condamnation du sénat tremblant , et le jeta dans la tour de Pavie où celui-ci écrivit son beau livre de la Consolation de la philosophie. Peutêtre est-ce sur la lecture du premier des chapitres de cet ouvrage, que Théodoric tira Boëce de prison pour le livrer au supplice de la roue. Peu de temps après, Symmaque, beau-père de la victime, éprouva le même sort pour n’avoir pas su contenir sa douleur; et le pape Jean, au moment où il revenait de Constantinople en Italie, fut jeté aussi dans une prison où il mourut bientôt.
La colère du barbare contint les Italiens; mais l’œuvre de Théodoric fut perdue. Lui-même, triste d’avoir tout compromis , tourmenté par le remords , poursuivi par de sanglantes images, il succomba peu de temps après à un accès de fièvre ardente (526) , et sa mort fut le signal de la décadence de son royaume. On voit encore à Ravenne le tombeau qu’il s’était fait construire de son vivant, et dont le dôme énorme et massif, fait d’une seule pierre d’Istrie, suffit pour prouver que rien , dans l’architecture des Goths , ne lui méritait l’honneur de donner son nom à cet art ogival qui a couvert de ses chefs-d’œuvre l’Europe du moyen âge.
AnialaNont^e et Théodat
Après la mort du grand Théodoric, les Visigoths d’Espagne se séparèrent d’abord des Ostrogoths, et redeman-