CHAPITRE XIX
Plaisance furent définitivement réunies il la France ; la principauté de Lucques s’augmenta de Massa et Carrara ; le prince Borghèse devint gouverneur du Piémont et de Gènes ; sa femme, Pauline, sœur de l’empereur, reçut le duché reconstitué de Guastalla. La Toscane fut enfin enlevée au jeune Charles-Louis pour être réunie «à la France.
11 est vrai , quelques bienfaits suivirent tous ces changements. Ainsi, en Toscane, une junte de réorganisation introduisit les institutions administratives et judiciaires de la France, importa des chèvres à fin duvet dans les environs de Sienne, développa l’industrie et le commerce de la paille d’Italie, des albâtres, des coraux, de la soje, établit une chambre de commerce à Livourne, ouvrit ou répara les routes d’Àrezzo à Rimini, de Florence à Bologne, de Sienne à Pérouse , et donna des encouragements aux universités de Pise et de Florence , aux académies del Cimento , de la Crusca et des Géorgophiles. Mais l’Italie n’en était pas moins, et elle le sentait, l’humble satellite de la France, ses souverains les vassaux de l’empereur, son territoire ^omme le patrimoine de famille du vainqueur.
Iby avait encore moins de liberté à espérer pour elle que d’indépendance. Despote envers les rois scs vassaux , l’empereur voulait que ceux-ci le fussent envers leurs sujets. Il faisait lever par eux les hommes et les impôts «à son gré ; il n’admettait aucune résistance à sa volonté, aucune garantie contre son pouvoir, et faisait poursuivre comme perturbateurs ceux qui demandaient encore des institutions libérales. L’acte du fils de la révolution , passé empereur, qui choqua le plus les Italiens , ce fut la constitution, en faveur de généraux ou d’administrateurs français, de dix-huit grands fiefs dans les royaumes de Naples, d’itafie et les États de l’Église. Ces fiefs ne donnaient aux titulaires que des revenus à la charge de l’État et non un pouvoir politique. Mais c’était créer une noblesse nouvelle, étrangère, qui chercha il se faire accepter de l’ancienne en la ménageant , et qui annonçait la restauration de l’aristocratie après celle du principe monarchique.
En présence de ces usurpations de fantaisie, sans prétexte
l’italie napoléonienne.
et sans excuse, rien d’étonnant que le sentiment italien commençât à protester au moment même où la puissance de Napoléon et la prépondérance de la France dans la péninsule étaient à leur apogée. Dans les Calabres et dans les gorges des Apennins, les paysans, par instinct national autant que par ignorance , avaient perpétué contre le royrançais qu’on leur avait donné, une guerre de partisans, redoutable sous d’audacieux bandits soldés par des ennemis. Une opposition plus formidable au sein des villes et dans la population éclairée s’organisa dès cette époque dans la charbonnerie, entée sur les mystères de la franc-maçonnerie que ravivait un esprit politique de liberté nationale. Joachim Murat, qui avait d’abord plu aux Napolitains par sa mine avantageuse, vit déjà les carbonari s’unir aux royalistes et exciter des mouvements dans les Calabres et les Abruzzes ; dans de petites expéditions sans cesse renouvelées dans ces deux provinces, il put juger de la puissance de cette double opposition faite au nom de l’ancien régime et de la liberté, momentanément conjurés contre lui. Mais ce fut contre le saint-siège , que vinrent échouer en Italie la puissance et la popularité de Napoléon et de la France.
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la piiiaftancc Impériale en Italie; le roi de Rome (IStih
Le pape était le seul souverain libre et soustrait à l’omnipotence de Napoléon dans la péninsule. La liberté italienne n’avait plus d’autre asile que le Vatican. Quoique Napoléon et Pie VU se fussent unis dans le concordat pour rétablir le catholicisme en France, il s’en fallait beaucoup que leur entente fût complète. Sans compter les difficultés ecclésiastiques nées du concordat même, .tout en Italie était aux deux souverains une occasion de conflit, et tous les deux mettaient un peu d’acrimonie, l’un dans son ambition, l’autre dans sa résistance. Pie VII n’avait cessé de réclamer les légations rattachées au royaume d’Italie; il avait protesté contre l’occupation d’Ancône. Il ne voulut pas davantage obtempérer aux volontés de Napoléon lorsqu’il l’eut sacré