‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 283 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

empereur. Il arguait encore maintenant de ses anciens droits suzerains sur le royaume de Naples pour ne point reconnaître la nouvelle dynastie des Bonaparte ; il refusait de fermer ses ports aux Anglais , éternels ennemis de la France. En vain Napoléon fit valoir son nouveau titre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, disait-il au pape, mais j’en suis 1 empereur. — Le souverain pontife , répondit le pape, n’a jamais reconnu et ne reconnaît point de puissance supérieure à la sienne. Aucun empereur n’a le moindre droit sur Rome , l’empereur de Rome n’existe point. »

Dans ces termes' le conflit n’était pas seulement entre Pie VII et Napoléon , mais entre l’Italie et une nouvelle domination impériale. La péninsule prit une vive part à cette lutte du pape et de l’empereur qui cachait encore une question d’indépendance. Le premier décret qui amena l’occupation de Rome , en 1808, par une petite armée, et la déclaration que les provinces d’Ancône, d’Urbin et de Camerino étaient réunies au royaume d’Italie, firent déjà une profonde impression. La conscience catholique des Italiens s’émut vivement de voir le pape comme retenu prisonnier dans le château Saint-Ange et les cardinaux enlevés, transportés, dispersés dans leurs diocèses. Mais leur patriotisme fut peutêtre encore plus blessé de voir en la personne du pape le dernier prince indépendant de la péninsule frappé et dépouillé, ses soldats enrôlés dans l’armée française, ses magistrats et ses prêtres même, obligés de prêter serment de fidélité.

Engagé alors dans une lutte plus terrible que jamais contre l’Europe coalisée une quatrième fois contre lui en 1809, Napoléon qui voulait en finir avec l’Autriche ne ménagea pas non plus le saint-siège. Le vice-roi d’Italie, attaqué par l’archiduc Ferdinand, était rejeté sur l’Adige et reprenait avec beaucoup de peine les lignes de la Brenta et de la Piave. Au midi, des vaisseaux 'anglais débarquaient sur différents points de la côte de Naples douze mille Siciliens , et un fils même de Ferdinand IV et de Caroline , pour rallier les forces des royalistes et des carbonari contre Murat. Pie VU, opiniâtre et opprimé , paraissait faire cause commune avec les ennemis de l’empereur. Entre Essling et Wagram, Napoléon

L’ITALIE .napoléonienne.

signa (17 mai) un décret qui achevait la déchéance du pontife. « Charlemagne, mon auguste prédécesseur, disait-il, en concédant certains domaines aux évêques de Rome , ne les leur avait donnés qu’à titre de fiefs, et sans que Rome cessât de faire partie de son empire. » En conséquence , il réclama sur le pape la possession de ses domaines, et déclara Rome ville libre et impériale. La bulle d’excommunication préparée en réponse à ce décret par le pape, contre ceux qui porteraient atteinte aux possessions et immunités ecclésiastiques, n’eut pas le temps de paraître. Sur l’ordre de Miollis qui occupait Rome, le pape fut enlevé dans le Quirinal, mis dans une voiture fermée et transporté à travers la Toscane et le Piémont, à Savone, où il fut traité avec honneur et respect, mais laissé sans liberté et sans puissance.

Le bruit de la victoire de Wagram et la paix qui suivit couvrirent d’abord tout. Le 17 février 1810, Napoléon put réunir à l’empire, par un décret, le territoire de Rome et de Spolète , et déclarer Rome seconde ville de l’empire. L’institution d’une mairie qui fut confiée à Brassini, d’un sénat où figurèrent les princes Doria, Chigi , Àldobrandiqi, Barberini, etc., formèrent à la ville une sorte de gouvernement municipal , sous le nom duquel s’introduisit l’administration française. L’œuvre de Napoléon en Italie brilla d’un dernier éclat.

Le beau royaume d’Italie renfermait maintenant près de onze millions d’habitants ; il comptait treize régiments d’infanterie, six de cavalerie, deux d’artillerie tous composés d’Italiens; les places de Mantouc, Venise, Peschiera, Legnano , Palma Nova , contenaient un immense matériel préparé par des Italiens. « J’ai réparé, disait Napoléon , le mal que j’avais d’abord fait aux Vénitiens à Campo Formio et à Lunéville; j’ai purgé aussi le centre de l’Italie des vices de l’administration des prêtres. » D’un bout à l’autre de la péninsule régnait une activité dont on était depuis longtemps désaccoutumé. Au moyen de la conscription, l’Italie était armée des Alpes au golfe de Tarente. Murat parvint lui-même à mettre au moins trente mille hommes sur pied dans le royaume de Naples. Venise , déclarée poi l •

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