CHAPITRE XIX
franc, bâtit pour la défense de son port agrandi et de ses lagunes., les forts Malghera et Brondolo; Gènes, aussi fortifiée de nouveau, fut augmentée d’un arsenal de construction , et entretint deux vaisseaux de soixante-quatre canons, deux frégates, quatre corvettes.
On ne pensait pas seulement à la guerre. L’arc du Simplon s’éleva à Milan ; le canal de Pavie réunit le lac de Côme à l’Adriatique. A Naples , à côté des écoles nouvelles de génie et d’artillerie fut créé un jardin botanique. A Rome, Napoléon institua un fonds pour encourager les industriels et les agriculteurs ; il releva le collège de la propagande sur lequel il fondait des desseins tout particuliers; il prit soin, là, comme dans toute l’Italie, de conserver les monuments précieux des arts dont il avait disposé d’abord en faveur de la France. L’Italie dut à l’intervention de Canova plus d’une heureuse restitution.
En se rappelant tous ces bienfaits et d’autres encore , on peut aisément croire que Napoléon s’était proposé, ainsi qu’il l’a dit, « de régénérer la grande patrie italienne. » Le nom de roi de Rome qu’il donnait à son fils, était, il l’a assuré, un acheminement vers ces desseins. Il attendait impatiemment le moment de le mener à Rome, de le couronner roi d’Italie et de proclamer l’indépendance de la belle péninsule sous la régence du prince Eugène. On pouvait cependant voir aussi là un nouveau pas de l’empereur dans l’exécution de son rêve favori, la restauration de l’empire de Charlemagne. Tandis que l’avenir était à peine entrevu on sentaii la dépendance présente. Le nom de roi de Rome donné à un enfant flattait peu les Italiens, et n’effaçait pas celui du pontife souverain. On oubliait les bienfaits, on ne voyait que la servitude.
La liberté, au nom de laquelle les Français étaient venus en Italie , ils l’avaient violée dans ce qu’elle avait encore pour les Italiens de plus sacré, le pape, et maintenant on pouvait tourner coqtre les Français ce mot qui avait fait leur force. Pour détacher les Cisalpins d’Eugène, l’archiduc Jean leur avait récemment promis dans son manifeste, une “indépendance véritable, au lieu de cette servitude déguisée
l’italte napoléonienne. 523
dont ils étaient victimes. Les Cisalpins n’avaient point ouvert l’oreille à l’Autriche. Mais cette parole avait été recueillie par les Romains qui ne pouvaient se faire au joug français. Murat , qui avait promis de confirmer la charte promise à ses sujets par son prédécesseur Joseph, continuait à gouverner despotiquement, et à côté de lui l’ambassadeur anglais, lord Bentinck, prenait le moyen le plus sûr de l’attaquer, en éloignant du gouvernement de Sicile Ferdinand et Caroline, et en forçant leur fils François à octroyer en 1812 aux Siciliens une constitution libérale modelée sur celle de l’Angleterre. La littérature commençait à exprimer ce malaise italien sous la domination française. Le fier et indépendant Ugo Foscolo, dans ses Tombeaux et ses tragédies , conquérait toutes les sympathies sur le mobile courtisan Monti , et à côté de lui , Hippolyte Pindemonte exaltait dans son Ar minius le défenseur de l’indépendance nationale.
itérer*» de Napoléon; discorde* des Italiens. d'Eugène et de Joachim ; occasion d’indépendance perdue ; restauration (181 ••ISIS).
L’Italie , n’étant point unie tout entière et de cœur h Napoléon, ne le soutint pas énergiquement et sans arrièrepensée quand l’heure des revers fut arrivée. En l'année 1812, le prince Eugène et Murat avaient conduit les légions italiennes à la suite de Napoléon dans la triste campagne de Russie; et le quatrième corps de la grande armée avait couvert de ses cadavres les champs de bataille de la Moscowa et de Malojaroslavetz. Quand Eugène et Joachim, après la désastreuse retraite, revinrent en Italie (1813) pour y rassembler, sur l’ordre de l’empereur, les troupes qui devaient, avec celles de la France, relever en Allemagne la gloire de Napoléon compromise en Russie, ou au moins défendre son œuvre en deçà des Alpes, ils trouvèrent la péninsule bien changée. L’Italie avait à pleurer un grand nombre de ses enfants morts loin d’elle pour une cause qu’elle ne comprenait pas. Des vingt-sept mille hommes sortis d ltalie , Eugène n’en avait ramené que trois cent trente-trois.
Les plaintes contre la domination et l’administration fran-