‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 285 sur 347 · CHAP1THR XIX · texte numérisé non relu

CHAP1THR XIX

çaises devinrent très- vives et se manifestèrent hautement. Le blocus continental , sévèrement observé dans la péninsule, imposait des gênes et des privations qui parurent plus dures qu’aüparavant ; le sentiment de la dignité , de l’indépendance nationale se révélait maintenant que la gloire française qui l’éclipsait avait reçu une atteinte. Les anciens républicains du nord de l’Italie, les carbonari au midi relevèrent la tête; les partisans de l’ancien régime, les nobles non ralliés, les habitants des campagnes, entêtés dans leur répulsion instinctive contre les innovations , reprirent courage; lord Bentinck, de la Sicile où il était placé, profita de tout habilement et prit à tâche d’exalter surtout les sentiments d’indépendance comme plus propres à pousser les peuples à d’énergiques déterminations. Dans une lutte suprême, où l’abnégation était peut-être de mise, les Italiens commencèrent à songer à eux-mêmes.

Malheureusement ils n’y songèrent point tous de la même façon. Ils se rencontrèrent, en général, en ce point : qu'ils voulaient profiter des désastres de la France pour se séparer d’elle , et rejeter sa domination pour reprendre leur indépendance. Mais les uns crurent que leur retour sous les anciens souverains dont ils obtiendraient aisément des constitutions, serait la plus sûre garantie de leur bonheur; les autres formèrent le projet de se détacher seulement de la France, mais de garder les souverains français que la guerre leur avait donnés en se sauvant avec eux ; un troisième parti enfin , qui s’intitulait celui des Italiens purs, ne voulait en-, tendre parler ni des Autrichiens, ni des Français, ni des anciens princes, ni des nouveaux ; il forma le projet de sauver l’Italie par ses seules forces en instituant un gouvernement tout national.

Il n’y avait guère de chance alors pour les Italiens qü’en faisant cause commune avec leurs souverains français. Mais Eugène et le roi de Naples étaient incapables de s’entendre. Le premier, qui n’avait jamais eu confiance dans les Italiens, les prit en défiance en voyant leurs dispositions; il se serra plus que jamais aux côtés de l’empereur, et, en 1813, il porta toutes ses forces françaises et italiennes surlaPiave, pour

l’italie napoléonienne.

tenir en respect les Autrichiens qu’il ne put cependant empêcher d’entrer en Vénétie. Joachim, qui avait ressenti parfois avec impatience le joug du maître, ouvrit déjà, en 1813, les oreilles aux flatteries des carbonari , qui pensèrent un instant pouvoir compter sur lui. Bentinck se tit fort de lui faire conserver sa fortune par les puissances dans le naufrage même de celle de Napoléon. Murat crut encore de son devoir et de son intérêt de soutenir les derniers efforts de l’empereur, en 1813, et à la fin de cette année , il partagea les périls de la campagne d’Allemagne et de la bataille de Leipsick.

Cette dernière défaite et l’invasion du territoire français dans les premiers mois de l’année 1814, détachaient entièrement la cause de l’Italie de celle de la France. Souverains , et peuples devaient maintenant songer à se pourvoir euxmêmes. Ils défendaient encore la France en se sauvant; on y songea, mais sans résolution et surtout sans accord. Le vice-roi Eugène , quand il vit l’impossibilité de sauver l’empereur en se sacrifiant , refusa d’abandonner la péninsule avec les légions de l’Italie , comme l’ordonnait Napoléon , et annonça la résolution de défendre son royaume et son peuple contre les alliés; mais il agit avec hésitation et sans élan. 11 resta tout Français au lieu de se faire Italien ; il disgracia les deux généraux Zucchi et Pino , au lieu de chercher à se les attacher, et parut craindre d’exciter chez les Lombards le sentiment de l’indépendanqe nationale. Murat, qui se sépara plus promptement de l’empereur et traita même, au commencement de 1814, avec l’Autriche et l’Angleterre , tint aussi à distance plusieurs généraux ; il se défia encore plus des Napolitains, des carbonari surtout, qui ' voulaient lui imposer une constitution ; il les fit poursuivre et pendre, dans les Calabres, comme des brigands ; les Italiens, ainsi tenus à l’écart, conspirèrent, les uns pour les anciens souverains, les autres pour l’établissement de républiques gardiennes de l’indépendance.

Les deux rois, enfin, ne furent pas d’accord. Eugène ne pouvait pardonner à Murat d’avoir abandonné l’empereur trop têt; Murat songeait à devenir roi de toute l’Italie, au

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