CHAPITRE XIX
lieu de borner ses désirs à garder Naples. Us voulaient se sauver chacun aux dépens l’un de l’autre.
Au moment de l’action , ces divisions paralysèrent tout. Tandis que le vice-roi Eugène se concentra à Vérone pour défendre l’Adige contre l’armée autrichienne conduite par Bellegarde, Murat lança un manifeste contre lui, tout en essayant de le gagner encore en dessous main ; il occupa ensuite Rome, Ancône, Bologne, et gêna ainsi toutes les opérations de celui qu’il eût dû soutenir. Les Italiens, au lieu d’appuyer les deux rois, firent tout pour les décourager. Les anciennes bandes des sanfédistes, et quelques carbonari qui voulaient une constitution à tout prix, essayèrent de proclamer les Bourbons dans la Calabre. Dans l’armée même de Murat, quinze généraux, dont le plus ardent était Guillaume Pepe, conspirèrent pour lui imposer une constitution. On levait le drapeau de l’indépendance italienne dans les légations, on tramait des conspirations républicaines et autrichiennes à Milan.
Eugène essaya de rallier les cœurs et les volontés par un peu d’énergie et quelques combats heureux sur le Mincio ; Murat les rendit inutiles en donnant la main à Bellegarde par Bologne, et perdit tout. Bentinck, sur lequel il avait compté , débarqua , avec sept mille Siciliens et Anglais , en Toscane, et, malgré ses représentations, déclara cette province soustraite à l’administration française, s’empara de Gènes et occupa ainsi , entre les deux rois français , tous les points importants de la péninsule.
Eugène et Murat, divisés entre les alliés hostiles ou traîtres et leurs peuples mal disposés , ne pouvaient plus rien. Ils furent réduits à tout espérer de la générosité des alliés, sans avoir rien fait pour leur imposer du respect. Le 16 avril, le vice-roi , à Mantoue, signa un armistice par lequel il renvoya au delà des Alpes les troupes françaises, et déclara remettre son sort à la bienveillance des puissances. Quelque temps après, Joachim, renonçant à ses vastes projets, ramena ses troupes vers le royaume de Naples. L’aveuglement des Italiens fut égal à celui de leurs souverains; ils espéraient obtenir dés alliés la liberté , ou tout au moins des
l’italie napoléonienne. 527
constitutions. Gènes demandait à lord Bentinck le rétablissement de l’ancienne république. La petite ville de Lucques ressuscitait déjà sa vieille indépendance. A Milan , le sénat envoya une députation aux puissances alliées pour demander la liberté et exprimer quelques timides vœux en faveur d’Eugène.
Une insurrection fomentée en dessous main, à Milan, par les partisans de l’Autriche, et conduite par des patriotes abusés aux cris de : « A bas les Français! Une constitution! » donna aux Italiens l’occasion de connaître les véritables dispositions des alliés. La constitution napoléonienne avait été dissoute , quelques agents du gouvernement même massacrés, entre autres le ministre des finances , Prina ; un gouvernement provisoire constitué allait proclamer l’indé— , pendance italienne. Le général autrichien Bellegarde, du consentement même d’Eugène, qui voyait tout fini pour lui, mit le pied sur le territoire milanais et entra sans résistance dans la capitale du royaume d’Italie sous prétexte d’y maintenir l’ordre; deux mois après, le 12 juin, le traité de Paris rendit l’Italie, jusqu’au Pô et au Tessin, à la monarchie autrichienne.
Ce ne fut que le commencement de la restauration. A partir de ce moment, chaque jour ramena, dans la péninsule, de par la volonté des alliés, un des anciens souverains.
Le 24 mai, Pie Vil, déjà libre depuis quelque temps, fit son entrée dans sa capitale, et y reçut la promesse de la restitution de tous ses États. Le 21 juin, Victor-Emmanuel I,r, de retour à Turin, reprit possession du Piémont et annonça bientôt aux Génois, déjà constitués en république, qu’ils faisaient partie de son royaume. Le 6 juillet, les habitants de Parme, Plaisance et Guastalla apprirent que leur territoire était constitué en un duché en faveur de l’ ex-impératrice des Français, Marie-Louise; l’héritière des anciens Bourbons de Parme étant dédommagée aux dépens de Lucques, érigée en principauté. Le 16 juillet, François IV, sous la protection des baïonnettes autrichiennes, rentra à Modène et à Reggio, et obtint aussi, pour sa mère, la restitution de Massa Carrara.
Le 17 septembre, le grand-duc Ferdinand arriva dans la